Voir l'Introduction de mon édition d'Héléna
Le troisième chant, c'était la peinture de la cruauté musulmane; le féroce chant de guerre des fils d'Othman, où passe un souffle venu du Giaour, prélude aux scènes de bataille et de carnage qui se déroulent sur les remparts et dans les rues d'Athènes. Comme, dans le Siège de Corinthe, les chrétiens réfugiés dans l'église se font sauter avec elle plutôt que de se rendre, de même les Turcs, vaincus et pourchassés au fond de la cathédrale en flammes, sont ensevelis sous ses voûtes et ses dômes effondrés. Telle est cette œuvre, hâtive et inégale, mais dont quelques morceaux au moins méritaient de survivre, que Vigny, par un scrupule de conscience artistique et de délicatesse morale, et peut-être aussi parce qu'elle portait trop visiblement l'empreinte d'un maître étranger, a retranchée « de l'élite de ses créations { » .
Il n'en a point exclu le Déluge, bien que ce « mystère », — on reconnaît encore dans ce sous-titre, qui est aussi celui à'Eloa, un souvenir de Byron, — soit une imitation constante, et, par endroits, une traduction de Heaven and Earth. On sait quelle place le déluge occupe dans le drame anglais. Comme le remarque justement M. E. Dupuy, « il est le personnage impérieux, dévastateur, vraiment divin, au sens pessimiste du mot, du dénouement de cette tragédie. » Tous les autres le prophétisent, l'appellent, le maudissent, — et le décrivent surabondamment. Le meilleur de ces descriptions a passé dans le poème de Vigny. En suivant attentivement les deux textes, on retrouve dans le second les traits les plus expressifs du premier, tantôt épars, tantôt reproduits avec une fidélité quasi littérale dans leur groupement originel. Je n'en donnerai qu'un exemple : « Réjouissons-nous ! crie à ses frères un des Esprits de la terre. La race abhorrée qui n'a pu garder son haut rang dans l'Eden, mais qui a écouté la voix de la science impuissante, touche à l'heure de la mort ! Ce n'est pas lentement, ce n'est pas un à un, ce n'est pas par l'épée,