C'est l'épigraphe même du poème
pour monter au ciel, la vierge qu'il aime, pas plus que celle-ci n'a consenti à suivre le fils de Noédans l'arche du salut. Tous les deux, les mains unies, attendront sur le sommet de l'Arar le flot homicide, en échangeant des paroles d'innocence et d'amour, comme pour attester par leur mort l'iniquité de la vengeance divine. Ici encore la pensée de Byron avait précédé, soutenu, nourri celle de Vigny. Il avait entendu dans Heaven and Earth la race humaine, menacée par une force irrésistible et aveugle, pousser vers le ciel sourd ses cris de détresse : « 0 Dieu! ô Dieu, qu'avons-nous fait? Sois miséricordieux 1 écoute-nous!,.. Aie pitié du désespoir du monde que tu créas ! » et les mères pleurer la mort de leurs enfants : « Pourquoi est-il né? Qu'a-t-il fait, mon fils, non sevré encore, pour mériter la colère ou le dédain de Jéhovah? Qu'y a-t-il donc dans le lait de ces mamelles qui excite la mort à bouleverser le ciel et la terre pour détruire mon enfant1? » Dans Caïn il avait trouvé, posé plus nettement encore, le redoutable problème, qu'il tourne et retourne à son tour, de l'injustice de la justice divine. A Caïn, qui lui demande ce que c'est que cette mort toute-puissante et inévitable, dont il a entendu parler avec angoisse, mais qu'il ne connaît p,°.s encore, Lucifer répond : « Demande au Destructeur. — Qui? — Le Créateur... Appelle-le comme tu voudras : il ne crée que pour détruire 2. » « Qu'est-ce que la mort? dit encore Caïn ; je le crains, je le sens, c'est une chose terrible, mais que je ne puis comprendre. Nous en avons été menacés comme d'un mal, tant ceux qui péchèrent que ceux qui ne péchèrent pas : quel est ce mal 3 ? » Au mystère du péché et de la mort, Lucifer oppose le mystère du bien et du mal, leur coexistence éternelle et leur lutte sansfin. Vigny semble laisser la question en suspens. Mais sa réponse est impliquée dans