Ibid
aspire au néant; il ne désire pas le paradis, mais le repos. Pour se distraire de lui-même, il se jette dans l'action, dans la lutte ; corsaire ou brigand, il déclare la guerre à la société ; il court au-devant des émotions violentes. Dût-on y périr, il faut « échappera l'ennui de la vie1 ». Mieux vaut être un ver rampant dans un cachot que de se voir condamné à méditer et à regarder. Plutôt mourir d'un coup que dépérir lentement. Il n'y a qu'une jouissance, c'est de haïr. L'énergie malfaisante développe en lui un orgueil diabolique. Quand il se décide à raconter sa vie et à confesser ses crimes, il les avoue hautement, s'en fait gloire, n'en demande pardon ni à Dieu ni à ses semblables. Pourquoi s'humilierait-il? Il n'est pas soumis aux lois qui régissent les autres hommes. Il a sa morale à lui, exceptionnelle comme son âme et sa destinée. Il ne maudit pas sa volonté coupable, mais la passion despotique dont il a été l'instrument et la victime. S'il avait à recommencer, il n'agirait pas autrement.
Mais, à travers le mystère qui l'enveloppe, dans ce tissu de sombres actions qui compose sa vie, l'œil observateur discerne des traits qui imposent le respect, qui attirent la sympathie, qui révèlent la grandeur. C'est un ange déchu, mais qui garde, comme Lucifer, des traces de sa céleste origine. Cet inconnu est manifestement de noble lignage. Sa physionomie est farouche, mais belle ; sa voix a un charme; une séduction émane de ses moindres mots, de ses moindres gestes ; quand on l'a vu une fois, on ne saurait l'oublier. Tout couvert de sang, il paraît aux regards d'une maîtresse plus aimable que l'amant le plus tendre. Des facultés supérieures, une volonté de fer, lui assurent sur les âmes les plus rudes et les plus cruelles un ascendant irrésistible. Il ne craint pas la mort ; il lui serait doux de la trouver sur un champ de bataille. Il méprise la gloire : il sourit en pensant aux lauriers gagnés ou perdus. Il dédaigne les joies grossières des sens :