‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 255 sur 322 · Don Juan, VI · texte numérisé non relu

Don Juan, VI

t-il se livrer tout entier dans chacun des amours où la destinée Fengage. Hassan a érigé l'inconstance en système :

Il en était venu jusqu a croire à vingt ans Qu'une femme ici-bas n'était qu'un passe temps. Quand il en rencontrait une à sa convenance, S'il la gardait huit jours, c'était déjà longtemps *.

Le Rafaël des Marrons du feu a été pendant deux ans l'amant de la Camargo. « Deux ans! c'est un peu long2.» Aussi s'empresse-t-il de donner congé à sa maîtresse, quitte à la reprendre un jour, si la fantaisie lui en passe par la tête. Ces sceptiques en amour sont des mécréants en religion. Hassan est un renégat, monnaie courante dans la littérature byronienne ; Mardoche, un esprit fort, qui aurait mangé la soupe dans le crâne de sa grand'mère ; Garuci, tout abbé qu'il est, a encore moins de religion que Rolla, qui ne croit à rien ; Don Juan, dans la barque où il s'attend à mourir de faim, songe à mourir en homme, mais il n'a point de pensées pour l'autre monde; s'il aime mieux, en Turquie, « se laisser circoncire la tête» 3 que d'embrasser 1 islamisme, il ne paraît pas, malgré son éducation si religieuse, que ce soient des scrupules de conscience qui règlent sa décision. Il n'y a au fond qu'une différence sur ce point entre les héros de Musset et ceux de Byron : les premiers, — comme les seconds du reste, — ont lu Voltaire, mais ils mettent en plus une certaine ostentation à nous le faire savoir. Les femmes ne valent pas mieux que les hommes. Coquettes, sensuelles, menteuses, violentes, perfides, que ce soit Rosina ou Julia, Gulbeyaz ou la Camargo, elles n'ont de loi que leur caprice, elles sont promptes à l'amour et à la vengeance. Les meilleures sont celles qui s'abandonnent tout simplement à leur instinct : Haïdée, « la fiancée de la nature », ou Namouna, « la pauvre

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