‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 259 sur 322 · Don Juan, V · texte numérisé non relu

Don Juan, V

ceau une blanche mosquée ou une ville aux toits bleus1. A tous moments le ton change, s'élève, s'abaisse, de grave se fait plaisant, et de railleur sérieux. Une tirade émue se conclut par une bouffonnerie ; au tournant d'un développement terre à terre, la verve de Byron s'échappe en envolée lyrique sur la gloire ou sur l'amour, ou bien Musset, sans crier gare, entame le morceau fameux :

Deux sortes de roués existent sur la terre...

« les deux cents vers les mieux lancés et les plus osés, dit Sainte-Beuve, que la poésie française se fût jamais permis2 ». Byron a tracé la poétique du genre quand il a appelé son Don Juan « un poème indéfini et toujours changeant », une « aurore boréale versifiée3 », et si dans ceux de Musset il paraît y avoir moins de désordre, c'est peut-être uniquement qu'ils sont plus courts.

Le parallélisme entre les deux écrivains se poursuit jusque dans les détails de la forme. Telle affectation sensible dans Mardoche ou dans Namouna, — par exemple d'émailler le texte de citations en langue étrangère, — vient en droite ligne du Don Juan, où elle s'étale à mainte page4. Musset ne se donne pas la peine d'effacer le barbarisme venu malencontreusement au bout de sa plume : Byron en avait fait autant à l'occasion ; il avait écrit beat pour beaten, comme l'autre mahométanisme pour mahométisme, et, comme lui, il avait trouvé dans son incorrection matière à badinage 5. Musset

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