‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 266 sur 322 · Ibidem, I, 6, trad. Pichot, 2c éd., t. III, p · texte numérisé non relu

Ibidem, I, 6, trad. Pichot, 2c éd., t. III, p

With pleasure druggcd, he almost long'd for woe,

And e'en for change, of scène would seek the shades below.

3. La Confession d'un enfant du siècle, première partie, ch. n.

430 BYRON ET LE ROxMANTISME FRANÇAIS

plus intéressant encore. A côté de celle-là, combien la destinée du pauvre Rolla est misérable ! et quelle distance il y a entre l'aristocratique et hautain voyageur et le faible héros de Musset !

L'armure qu'il portait n'allait pas à sa taille.

A vouloir jouer les Byron, à faire le personnage du grand seigneur prodigue, insouciant et blasé, Rolla a bientôt dissipé son patrimoine. Quand il n'a plus rien, il se tue. Il y est pour ainsi dire engagé d'honneur, puisque tout le monde sait qu'il a promis de « se faire sauter» quand il n'aurait plus rien. Il entre dans sa résolution, avec beaucoup de vanité, une certaine dose de paresse : il lui répugnerait d'exercer un métier. L'aventure est banale. De brillantes tirades à côté la font heureusement oublier. Byron en eût pu écrire quelques-unes : n'est-ce pas lui qui en avait donné le goût à son disciple ? Mais il n'aurait pas lancé la fameuse apostrophe à Voltaire ni maudit les philosophes, I'Encyclopédie et le xviii8 siècle (( à propos de la dernière coucherie d'un imbécile * ».

En lisant ces histoires de sang et de larmes, en voyant défiler ces sombres personnages que la passion a marqués d'un signe de mort, ou ces libertins en qui la débauche a tari les sources dévie, on peut se demander si ce n'est pas l'effroi et l'horreur de l'amour que le poète a voulu répandre ; on se rappelle la virulente apostrophe de Don Paez :

Amour, fléau du monde, exécrable folie S ..

Si jamais par les yeux d une femme sans cœur

Tu peux m'entrer au ventre et m'empoisonner l'âme,

Ainsi que d'une plaie on arrache une lame,

Plutôt que comme un lâche on me voie en souffrir,

Je t'en arracherai, quand j'en devrais mourir.

Si encore il n'y avait d'autres victimes de l'amour que celles qui l'ont cherché par une faute ou par un crime ! Mais

1. Le mot est de Jules Lemaître, Impressions de ihcâlre, IIe série, Paris, 1888, p. 43.

la douce, la pure Déidamia, dont la tendresse, toute d'innocence, se répand comme un baume salutaire sur le cœur ulcéré de Franck, ne faut-il pas qu'elle expie par sa mort le bonheur et le bienfait d'aimer ? Ici encore la pensée de Musset se rencontre avec celle de Byron. Le commentaire de ce triste dénouement, une strophe de Don Juan nous l'avait donné à l'avance : « 0 amour ! qu'y a-t-il donc dans ce bas monde qui nous rend si fatal le don d'être aimé ? Ah ! pourquoi as-tu enlacé dans tes berceaux des branches de cyprès ? Pourquoi as-tu fait d'un soupir ton meilleur interprète ? Comme ceux qui cueillent les fleurs odorantes et ne les posent sur leur sein que pour les y laisser faner, de même les êtres frêles que nous voudrions aimer ne sont introduits dans nos cœurs que pour y périr d. » Mais pour une malédiction lancée en passant, combien dans l'œuvre des deux poètes d'actes de foi et d'adoration envers l'amour I Ni l'un ni l'autre ne tenaient à être pris pour des naïfs : ils ont pourtant célébré avec un égal enthousiasme le souvenir du premier amour. « Il est doux, s'écrie Byron, à l'heure de minuit, sur la plaine azurée des flots éclairés par la lune, d'entendre les mouvements cadencés de la rame et les chants lointains du gondolier de l'Adriatique ; il est doux ... », — et pendant quarante vers il énumère tout ce qui peut mettre de la joie au cœur de l'homme, — « mais plus doux, cent fois plus doux, est notre premier amour ; il est pour nous dans le passé comme le souvenir qu'Adam gardait de sa chute 2. »

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