Namouna, II
2. Le Poète déchu (1839), cité par Paul de Musset, Biographie, p. 129
dans ses vers beaucoup de ce qu'il avait senti à travers les livres. Une fois les premières pointes delà douleurémoussées, et le calme relativement entré dans son âme, quand il voulut répondre à l'appel de sa Muse, il n'eut que faire d'imiter : il n'avait qu'à laisser parler son cœur.
Il subsiste pourtant quelque chose du vieil homme dans l'œuvre où, avant de raconter à mots couverts la crise par laquelle il avait passé, il analysait les causes de son mal. L'enfant du siècle, frère de Rolla et de Franck, pense comme eux et s'exprime en leur langage. C'est avec des lambeaux de leur rhétorique qu'il maudit « les demi-dieux » qu'ils ont trop écoutés tous les trois 4. La première et la seconde partie de la Confession sont un long commentaire du cri de la Coupe et les Lèvres:
Ah î malheur à celui qui laisse la débauche Planter le premier clou sous sa mamelle gauche ! . . .
Mais dans les admirables élégies où s'exhale la plainte d'Alfred de Musset, il n'y a pas trace de byronisme. Oui, Musset chante la tristesse ; peu s'en faut même, dans le premier moment, qu'il ne ferme à la poésie les portes de la joie :
Les plus désespérés sont les chants les plus beaux 2.
Mais ne suffit-il pas de sentir et de vivre pour comprendre que la grande poésie est fille de la douleur ? Sans doute il doit à une réminiscence de Byron la comparaison fameuse dont il a fait le symbole inoubliable de cette idée ; mais il lui a donné, en la reprenant, une signification toute différente de celle qu'elle a dans le Giaour. Là, elle peint le désespoir d'un cœur abandonné qui finit par chercher son refuge dans la haine. « Tel serait le désespoir de ce^ oiseau du désert
1. Noter dans la Confession, 2e partie, ch. n, le d^, luché comparé à Mazeppa sur son cheval sauvage.