La Nuit de mai
qui nourrit de son sang sa jeune famille, si, au moment où elle vient de déchirer son sein sans regretter une vie qu'elle sacrifie à ses petits, cette mère malheureuse ne les trouvait plus dans son nid dévasté *. » Relisez maintenant le beau couplet de la Nuit de mai :
Lorsque le pélican, lassé d'un long voyage,
Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux...
Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte. En vain il a des mers fouillé la profondeur ; L'océan était vide et la plage déserte ; Pour toute nourriture il apporte son cœur. Sombre et silencieux, étendu sur la pierre, Partageant à ses fils ses entrailles de père, Dans son amour sublime il berce sa douleur...
Musset, on le voit, n'a retenu et développé que les images de tendresse et de sacrifice. Elles s'accordaient trop bien à ses nouvelles pensées. C'est par la sincérité absolue et douloureuse, par le don de soi-même sans réticence et sans réserve, que le poète s'emparera des cœurs.