Traduction Pichot, t. II, p
The heart once left thus desolate Must fly at last for ease — to hâte.
It is as if the desert-bird Whose beak unlocks her bosom's stream To still her famish'd nestlings' scream. Nor mourns a life to them transferr'd, Should rend her rash devoted breast, And find them flown her empty nest.
La comparaison a été reprise par Byron lui-même dans Marino Faliero (acte II, se. h) : « Demande au pélican tout saignant, dit le doge à Israël Bertuccio, pourquoi il a déchiré son sein? Si l'oiseau avait une voix, il te dirait que c'était pour tous ses petits. » Elle reparaît dans les vers de deux byroniens obscurs : Eusèbe de Salle (Œuvres choisies, Poésies, I, 296, Paris, 1865) et J.-P. Veyrat (la Coupe de l'exil, Paris, 1840, p. 129). La légende du pélican est vieille comme le monde, et nos poètes pouvaient la tenir d'autre part que de Byron ; mais il est assez remarquable de la retrouver sous la plume de trois d'entre eux qui ont certainement lu, — et de près, — l'auteur du Giaour.
Désormais, plus de pose, plus de dandysme, plus d'attitudes byroniennes, plus de mal du siècle. La tristesse du poète ne doit plus rien auxManfred ni aux Childe Harold. Elle a ses causes bien à elle, ses raisons expresses et précises. Elle y perd en mystère et en étrangeté : qu'y a-t-il de moins nouveau et de plus commun qu'une trahison d'amour ? Elle y gagne en naturel, en profondeur, en humanité. Le poète fait ce qu'ont fait les amants de tous les temps. Il rassemble les reliques de son passé, « des lettres de la veille, des cheveux », et il pleure sur ces « débris d'amour » d. Tantôt il maudit, et tantôt il pardonne ; il répète qu'il veut oublier, et ce lui est une façon de se ressouvenir. Et pourquoi vouloir oublier ?
Un souvenir heureux est peut-être sur terre Plus vrai que le bonheur 2.
Le poète finit par aimer sa souffrance, non par orgueil, par fanfaronnade, parce qu'il est beau de porter une fatalité sur soi, d'être maudit et révolté, mais par résignation à la loi commune, par un sentiment à la fois épicurien et chrétien, parce que la douleur passée fait goûter plus délicatement la jouissance présente, et aussi parce que la douleur est une épreuve qui retrempe l'àme et la rend meilleure. Le scepticisme dont il s'enorgueillissait jadis a disparu. Il n'écrirait plus aujourd'hui les paroles de Franck : « Je crois au néant comme je crois en moi. » Si le chrétien l'épouvante, il ne peut même pas supporter d'entendre l'athée, et l'on sait avec quel mépris il énumère « les faiseurs de systèmes » qui, alors qu'il n'y a qu'à croire, ont prétendu expliquer. On peut sourire de la philosophie de VEspoir en Dieu ; en tous cas, le sentiment est sincère ; cette humilité est aux antipodes de l'orgueil byronien ; ce cri d'enfant égaré dans la nuit n'est pas