Souvenir
de ceux qui pouvaient échapper à des cœurs de bronze comme les héros de Byron.
L'homme est un apprenti, la douleur est son maître, Et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert * .
La douleur avait révélé à. Musset sa véritable nature, à la fois violente et faible. Celui qui avait débuté par le rire de Mardoche finissait par les larmes :
Le seul bien qui me reste au monde Est d'avoir quelquefois pleuré2.
Si parfois l'ironie reparaît dans ses vers, ce n'est plus le sec et irritant persiflage de jadis : le poète prend maintenant les choses au sérieux ; il respecte tout ce qui est respectable, et quand il lui arrive de « ramasser en passant le fouet de la satire », c'est pour en cingler les épaules des goujats et des sots, renouer la tradition de « l'antique franchise3 », et venger l'éternel bon sens.
On peut dire que, passé 1835, Musset échappe de plus en plus à l'influence byronienne. Mais il ne renia jamais le culte de sa jeunesse. Quand, après son retour d'Italie, il «purgea sa bibliothèque et mit ses idoles au grenier » 4, il ne conserva sur les trois rayons où elle devait désormais tenir que ceux qu'il appelait ses vieux amis : Byron y resta, entre Shakespeare et Gœthe. En 1836, il évoquait le Byron des derniers jours, le « sublime orgueilleux » traînant « son immortel ennui », dans la plus belle page peut-être qu'on ait écrite sur lui en vers français, avec les stances d'Alfred de Vigny :
...Lui dont l'Europe, encore tout armée, Ecoutait en tremblant les sauvages concerts ; Lui qui depuis dix ans fuyait sa renommée,