‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 277 sur 322 · Simone · texte numérisé non relu

Simone

5. Voir Lafoscade, Le Théâtre d'Alfred de Musset, Paris, 1902, pp. 63-70.

Tu m'appelles ta vie, appelle-moi ton âme, CarTâme est immortelle, et la vie est un jour l,.*

Il commence par se draper dans son ennui et par débiter des impertinences pour se distraire : il finit par en commettre une, qui est une bonne action. Camille et Perdican, pour avoir voulu jouer avec l'amour, seront malheureux toute leur vie; il y aura dans leur passé « une heure sans nom » 2, celle où ils ont entendu derrière l'autel le cri de l'innocente Rosette ; mais elle, dans son couvent, et lui, dans son château solitaire, souffriront en silence, et ne tireront pas vanité de leur douleur. Encore un peu, et un indulgent optimisme chassera les derniers restes de persiflage et d'amertume. A Dieu ne plaise que je veuille travestir en berquinades quelques-unes des plus charmantes et des plus spirituelles comédies de Musset. Mais un théâtre où la candeur des ingénues sort intacte des plus périlleux rendez-vous, où les épouses sont fidèles, les séducteurs punis, les liber-

1. Fantasio, I, 1. Byron a donné de cette traduction du portugais « Tu mi chamas » deux versions : la seconde, la plus courte, est celle qui a inspiré Musset.

You call me still your life. — Oh î change the word.

Life is as transient as the inconstant sigh : Say rather Im your soûl ; more just that name,

For, like the soûl, my love cannever die.

Le poète anglais avait sans doute rapporté ce souvenir de son excursion en Portugal en 1811. Est-ce lui qui fit connaître l'original à Mme de Staël en 1813 ou en 1814?ou bien celle-ci Faurait-elle connu antérieurement par une autre voie ? « Un hasard a conservé d'elle les quatre vers suivants, qui datent probablement aussi de sa jeunesse (dit lady Blennerhasset) :

Tu m'appelles ta vie : appelle-moi ton âme ;

Je veux un mot de toi qui dure plus d'un jour.

La vie est éphémère, un souffle éteint sa flamme,

Mais l'âme est immortelle aussi bien que l'amour.

[Madame de Staël et son temps, trad. Dietrich, t. I, p. 197.)

Je ne sais si Musset connaissait la traduction de Mme de Staël, mais le mouvement est assez naturel pour qu'en traduisant Byron il ait, sans le savoir, reproduit exactement le premier vers du quatrain ci-dessus.

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