‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 278 sur 322 · Manfred, I, 1 : « That all-nameless hour · texte numérisé non relu

Manfred, I, 1 : « That all-nameless hour

tins corrigés, où les maris sont ramenés repentants et charmés aux pieds de leur femme..., — que nous sommes loin de Mardoche, et à plus forte raison de Don Juan !

On voit combien l'influence de Byron sur Alfred de Musset a été vive, mais aussi combien courte et superficielle. C'a été la plume au chapeau de l'écolier qui veut se faire remarquer dans la rue. Elle n'en a pas moins pesé lourdement sur sa renommée. Au lendemain des Contes d'Espagne et d'Italie, on avait pensé accabler l'auteur sous ce grand nom. Il ne se laissa pas faire. Mais l'idée ne fut pas perdue. Les rivaux du poète, les confrères jaloux de sa gloire précoce, les anciens amis du Cénacle, irrités de sa trahison, ou simplement les hommes d'esprit en quête d'un « mot », s'en emparèrent. On le définit « un Byron monté en épingle d » ; on le surnomma Mademoiselle Byron 2, ou lord Byronnet 3. Le plus fâcheux, c'est que ce jugement sommaire pouvait s'appuyer sur des autorités imposantes : Sainte-Beuve, essayant, dès 1833, de démêler les origines littéraires d'Alfred de Musset, énumérait Chénier, les Orientales, Mérimée, Mathurin Régnier. Il ajoutait : « Puis Shakespeare et Byron le saisirent, et ce dermier ne le lâcha pas k ». Quand il réimprima l'article dans ses Portraits contemporains, il aggrava ce passage d'une glose plus perfide encore que le texte : « Musset a un merveilleux talent de pastiche...

1. H. de Latouche, cité par Ph. Audebrand, Petits Mémoires du XIX* siècle, Paris, 1892, p. 289.

2. Le sculpteur Préault, cité par Edouard Grenier, Souvenirs littéraires, Paris, 1894, p. 65.

3. Voir Barbey d'Aurevilly, les Poètes, Paris, 1893, p. 310. (( Gozlan... a fait ce mot qui n'est qu'une épigramme : « Alfred de Musset, c'est lord Byronnet. »

4. Sainte-Beuve, Portraits contemporains, 1869, t. II, p. 184, et la note.

Il s'est acquis quelque chose de très semblable à la fantaisie shakespearienne ; il y a joint des poussées d'essor lyrique à la Byron ; il a surtout refait du Don Juan, avec une pointe de Voltaire. Tout cela constitue bien une sorte d'originalité, épure... » Lamartine, en 1840, traitait Fauteur des Nuits d' « émule de Byron au sourire moqueur1». Victor Hugo s'opposait à ce qu'on le qualifiât de grand poète ; il trouvait qu'on avait raison de l'appeler Miss Byron 2. Théophile Gautier déclarait sans sourciller en 1867 qu'Alfred de Musset était Anglais comme Henri Blaze était Allemand. « L'un jure par Gœthe, l'autre par Byron 3. » Les esprits étaient si prévenus que, lorsque Musset eut publié les Lettres de Dupuis et de Cotonet, et rompu définitivement avec le romantisme, il se trouva quelqu'un pour lui reprocher d'avoir encore une fois copié son grand rival : « Il imite les sottes affections de Byron, après avoir imité son désordre moral, ses doutes, ses formes et ses allures 4. » Quand le poète, en 1852, fut reçu à l'Académie, Nisard lui reprocha d'avoir imité Byron, et dans Byron ce qu'il y a de plus mauvais :=« Vous admiriez beaucoup lord Byron, mais, pouvant déjà imiter de lui les admirables poèmes où son imagination domine son humeur, vous aimiez mieux le Don Juan, par lequel il a fini en persiflant toutes choses, même la poésie 5. » Nisard reconnaissait que, passé Rolla, il n'y avait plus lieu de parler d'imitation au sens propre du terme, « Mais n'y at-il pas une imitation indirecte qui vient d'avoir trop aimé le modèle ? Celle-là se mêlait encore à vos richesses natu-

1. Lamartine, Troisièmes méditations poétiques : A M. de Musset, en réponse à ses vers,

2. Voir P. Stapfer, Souvenirs sur Victor Hugo. {Revue de Paris, le? oct# 1904.)

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