‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 284 sur 322 · Préface de Lucrèce Borgia · texte numérisé non relu

Préface de Lucrèce Borgia

3. Don Juan, cli. i, st. 194, trad. Pichot, 3c éd., 1821, t. VI, p. 82 :

Man's love is of man's life a thing apart,

'Tis woman's whole existence ; man may range The court, camp, church, the vessel, and the mart,

Sword, gown, gain, glory, offer in exchange Pride, famé, ambition to fill up his heart,

And few there are whom thèse cannot estrange : Men hâve ail thèse resources, \ve but one, To love again, and be again undone.

Mais cette strophe, à son tour, ne s'inspirerait-elle pas d'un beau passage du chapitre de l'Amour, où Mmc de Staël dit la même chose en termes sensiblement analogues ? « L'amour est la seule passion des femmes ; l'ambition, l'amour de la gloire même, leur vont si mal qu'avec raison un très petit nombre s'en occupent. Je l'ai dit en parlant de la vanité : pour une qui s'élève, mille s'abaissent au-dessous de leur sexe en en quittant la carrière. A peine la moitié de la vie peut-elle être intéressée par l'amour ; il reste encore trente ans à parcourir quand l'existence est déjà finie. L'amour est l'histoire de la vie des femmes ; c'est un épisode dans celle des hommes. )> (De l'influence des passions sur le bonheur des individus et des nations, dans les Œuvres complètes de Mme de Staël, Paris, in-8o, 1838, t. II, p. 61.)

remarque : il la reprend et la développe pour son propre compte dans ce couplet de Bérengère :

De mille soins divers un homme tourmenté Conserve pour l'amour peu de place en son âme : Et cela se conçoit. Mais la femme!... la femme, Qui ne peut ici-bas espérer de bonheur Que celui qui lui vient de son maître et seigneur, Qui de l'aimer toujours, à sa prière même, Fit jadis le serment, tient ce serment et l'aime... Quand il vient tout à coup lui donner l'ordre un jour, Parce qu'il n'aime plus, d'éteindre son amour, Elle est bien pardonnable, hélas ! la pauvre femme, De ne pouvoir souffler sur le feu de son âme, Après l'avoir dix ans gardé comme un trésor !... Charles, pardonnez- moi si je vous aime encor1!

Il la trouve évidemment neuve et profonde, car il y revient encore dans Richard Darlington. Jenny se plaint que ses lettres restent sans réponse. Richard balbutie des excuses embarrassées : « Oh ! ne vous excusez pas : j'écrivais trop souvent. Souvent ce sont nos exigences, à nous autres femmes, qui vous refroidissent pour nous. Notre vie est toute à l'amour ; la vôtre se partage en vingt passions différentes : nous devrions le comprendre 2... » Encore dans ces deux cas l'aphorisme est-il en rapport avec la situation. Ailleurs il y a manifestement remplissage ambitieux. Steinberg raconte à Christine que le Cid et Horace viennent d'être censurés par l'Académie. Pourquoi , sans souci des dates, jeter le nom de Corneille au milieu des intrigues de la reine et de Monaldeschi? Tout simplement pour loger dans la tra-

1. Charles VII chez ses grands vassaux, acte IV, se. vi. — Musset, dans les Marrons du feu, s'est souvenu lui aussi de la lettre de Julia :

Oh î que dans sa douleur ainsi qu'en un linceul

Il se couche à cetle heure et dorme ! La pensée

D'un homme est de plaisirs et d'oublis traversée :

Une femme ne vit et ne meurt que d'amour ;

Elle songe une année à quoi lui pense un jour! (Se. iv )

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