Henri III et sa cour, acte IV, se. iv
3. « Alors j'ai cherché sur l'océan ce reste de conviction que me refusait la terre. La terre, ce n'est que l'espace ; l'océan, c'est l'immensité ! L'océan, c'est ce qu'il y a de plus large, de plus puissant après Dieu !.. L'océan, je l'ai entendu rugir comme un lion irrité., puis, à la voix de son maître, se coucher comme un chien soumis. Je l'ai senti se dresser comme un géant rebelle qui veut escalader le ciel ; puis, sous le fouet de l'orage, se plaindre comme un enfant qui pleure Je l'ai vu croisant ses vagues avec l'éclair, et essayant d'éteindre la foudre avec son écume, puis s'aplanir comme un miroir, et réfléchir jusqu'à la dernière étoile du ciel. Sur la terre, j'avais reconnu l'existence; sur l'océan, je reconnus le pouvoir. Dans la solitude, j'avais entendu la voix du Seigneur ; mais, comme Ezéchiel, je le vis passer dans la tempête ! Dès lors, le doute fut chassé de mon cœur : je crus, et je priai ! )) (Paul Joncs, acte IV, se. m.)
Le sceptre que la mort vous donne et vous reprend, La gloire qu'on ramasse à la guerre en courant, Se faire un nom fameux, avoir de grands domaines, Etre empereur ou roi, ce sont choses humaines. Il n'est sur cette terre, où tout passe à son tour, Qu'une chose qui soit divine, et c'est l'Amour * !
Relisez le début de Parisina :« C'est l'heure où le rossignol fait retentir le bocage de ses accents mélodieux ; c'est l'heure où les promesses des amants semblent si douces dans chaque mot prononcé tout bas. Le murmure du zéphir, la chute de l'eau, enchantentle rêveur solitaire ; les fleurs s'humectent des gouttes légères de la rosée ; toutes les étoiles sont réunies dans le firmament. L'onde est d'un azur plus foncé. Une couleur plus sombre rembrunit la couleur du feuillage ; les cieux présentent ce clair-obscur, cette ombre si douce et si pure qui accompagne le déclin du jour quand le crépuscule se prépare à fuir devant les rayons de la lune... Encore un moment, ils seront ensemble : ce moment passe ; son amant est à ses pieds. Que leur importe le monde, et tous les changements qu'y amène la mobilité du temps ? Les créatures qui l'animent, la terre, les cieux, ne sont rien pour leur esprit et pour leurs yeux ; ... ils respirent uniquement l'un pour l'autre ; leurs soupirs mêmes sont remplis de délices... Ah ! celui qui a connu l'amour éprouva-t-il l'hésitation ou la crainte dans ces moments enchanteurs ? Pensa-t-il à leur courte durée ? Mais ils sont déjà loin î Hélas ! il faut nous réveiller avant de savoir que ces songes ne se renouvelleront plus 2. » N'est-ce pas, au dialogue près, le magnifique chant d'amour d'Hernani et de Dona Sol ?