Ibid., st. 79 et la note
4. Nouvelle Héloïse, sixième partie, lettre VII; Œuvres complètes, éd. Baudouin, Paris, 1826, tome X, page 255.
nime-t-il pas les âmes grandes et fortes ? n'ennoblit-il pas leurs sentiments ? ne double-t-il pas leur être ? ne les élèvet-il pas au-dessus d'elles-mêmes i ? » Aux femmes qui l'inspirent, Byron a prêté « le charme étrange et doux 2 » dont Rousseau avait revêtu son héroïne. Elles ont presque toutes comme un air de famille avec Julie, non pas avec Julie de Wolmar, vertueuse, raisonneuse et prêcheuse, mais avec Julie d'Etange, la tendre et faible fille qu'un besoin invincible de se sacrifier a poussée vers Saint-Preux. Qu'est-ce en particulier qu'Haïdée, « la fiancée delà nature 3 », sinon une Julie qui n'a point eu à vaincre les scrupules que les préjugés sociaux opposent au don de soi-même, et, plus heureuse que son aînée, a passé sans transition des bras de son amant dans ceux de la mort ?
Frappante similitude encore avec Rousseau que cette horreur des hommes et ce goût de la solitude, qui sont un des thèmes essentiels de la poésie byronienne. Après avoir fermé Childe Harold, ouvrez les Dialogues ou les Rêveries du Promeneur solitaire : vous croirez par moments n'avoir pas changé de livre. « Il n'a pas toujours fui les hommes, mais il a toujours aimé la solitude. Il se plaisait avec les amis qu'il croyait avoir, mais il se plaisait encore plus avec lui-même. Il chérissait leur société, mais il avait quelquefois besoin de se recueillir, et peut-être eût-il encore mieux aimé vivre toujours seul que toujours avec eux *. » — « Je suis né avec un
1. Nouvelle Héloïse, cinquième partie, lettre XIII; éd. citée, t. X, p. 185.
2. This (his love) breathed itself io life in Julie, this Invested her with ail that's wild and sweet ..
0 ^ [Childe Harold, III, 79.)