Acte I, se. i
2. Stello, chap xl. — Voir Conversations de lord Byron avec la comtesse de Blessingion, trad. de Ch.-M. Le Tellier, Paris, 1833, p. 100 : « Je suis convaincu de ceci, voyez-vous : c'est qu il y a dans le tempérament poétique quelque chose non seulement qui le rend inaccessible au bonheur, mais qui déborde sur ceux qui lui adhèrent par quelque fibre. » Le traducteur indique en note le rapprochement avec le passage de Stello que nous citons.
3. Théâtre complet, Paris, in-18, 1882 : Dernière nuit de travail, p. 6.
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ses laves harmonieuses, qui d'elles-mêmes sont jetées dans la divine forme des vers *. » Pour justifier la résolution désespérée à laquelle la société accule son héros, il emprunta au Giaour la belle image du scorpion, enfermé dans un cercle de charbons ardents, et retournant contre lui-même son dard empoisonné 2. Le « marvellous boy » devint entre ses mains un Byron idéalisé, pur de toute passion mauvaise, tel que pouvait le concevoir le noble auteur d'Eloa, un Byron avant la vie, avant les orgies de Newstead, le divorce scandaleux et les débauches de Venise, pauvre, timide, pur et fier. Plus qu'à cette figure désolée, notre intérêt va aujourd'hui à la douce et infortunée Kitty Bell, qui meurt sans phrases et sans poses, d'un brisement de cœur silencieux. Mais Chatterton demeura longtemps un des symboles du romantisme, évoquant irrésistiblement le souvenir du glorieux modèle d'après lequel il avait été en partie dessiné. Lors de la reprise de la pièce, en 1857, Gautier en rendit compte dans son feuilleton : « En somme, écrivait-il, la poésie est un don fatal, une sorte de malédiction pour celui qui le reçoit en naissant. Une grande fortune même n'empêche pas toujours le poète d'être malheureux : l'exemple de Byron le prouve assez 3. » N'avaitil pas lui-même trouvé de cette destinée l'image la plus belle et la plus simple, le pin des sables qui porte une plaie à son flanc :
Le poète est ainsi dans les landes du monde : Lorsqu il est sans blessure il garde son trésor ; Il faut qu'il ait au cœur une entaille profonde, Pour épancher ses vers, divines larmes d'or 4.