A. de Vigny, Cinq-Mars, Paris, 1861, p
2. Ibid , p. 21. Vigny, ici, se copie lui-même et ne fait que remettre en prose les vers qu'il adressait en 1824 au poète guerrier mort pour la cause des Grecs. (Voir ci-dessus, p. 124.)
3. « Il y avait six mois qu'un brick léger et armé en corsaire, sans pavillon qui le distinguât, avait jeté cet inconnu à terre à Gosséir ; se trouvant dès son arrivée en relation avec les habitants, dont il parlait la langue comme s'il fût né à La Mekke, il était venu avec une troupe de Bédouins à Medinet-Abou et s'était emparé de droit d'une des cabanes
d'arriver à des œuvres où le byronisme est installé au cœur de la place, je veux dire dans le caractère même du personnage principal.
La plus ancienne en date est le Renégat du fameux vicomte d'Arlincourt, paru en 1822. L'auteur de la Caroléide venait, l'année précédente, d'abandonner les vers pour la prose et l'épopée pour le roman, en publiant le Solitaire, où il affublait d'un style pseudo-poétique, contrefaçon ridicule à'Atala et des Martyrs, des conceptions ténébreuses et horribles dans le plus mauvais goût du jour *. On ne lui
abandonnées de ce village, avait fait au père Servus Dei une visite de voisinage, et, lui parlant dès l'abord le plus pur français, avait réveillé dans le cœur de ce vieillard ce besoin d'épancliement que les Français éprouvent plus que tous les hommes. .. Les dernières confidences montraient une âme susceptible de quelques bons sentiments, mais., cette délicatesse de ne pas vouloir faire l'aveu entier au père était-elle bien sincère ? N'était-ce pas la honte d'un criminel qui se cache et veut se couvrir d'un beau voile ? Ce n'était pourtant qu'à regret que le missionnaire accusait dans son cœur ce mystérieux jeune homme, car il se sentait un grand penchant à l'aimer, quoiqu'il eût trouvé en lui une ironie habituelle de propos qui avait quelque chose de froid, de désespéré et de sinistre, et un goût de sophisme qui faisait de toutes les conversations autant de disputes au fond desquelles son opinion véritable était aussi impénétrable que le lieu de sa naissance. )> (À. de Vigny : Scènes du désert (fragments de VAlmeh), Revue des Deux Mondes, 1831, t I II, p. 357.)
1. Le Solitaire, c'est Charles le Téméraire, qui n'est pas mort, comme on l'a pu croire, sous les murs de Nancy. Oublié de tous, il mène, sur le mont Sauvage, une vie d'anachorète, ne se mêlant à la foule des hommes que pour faire le bien, par le moyen de son or ou de son bras tout-puissant. Il aime la jeune Elodie, nièce du baron d'Herstall, dont il a séduit jadis la fille Iréna. Il finit par se faire aimer d'elle, après lui avoir donné maintes preuves de vaillance et de dévouement. Mais le prêtre Anselme prononce l'anathème contre Charles au moment où il va s'unir à Elodie ; celle ci meurt, et le Solitaire expire sur sa tombe. On le représente comme « un homme inexplicable », comme « l'homme des tombeaux ». Il y a déjà quelque chose de byronien dans le personnage : « Calme au milieu du tumulte qui l'environne, son front superbe s'élève inébranlable. Sa
épargnait pas les railleries. Il y répondait en faisant sonner bien haut son succès de librairie {, et en constatant que ses censeurs avaient placé le Solitaire « à côté des Malek-Adhel, des Eudore, des Wallace, des Chactas et des Lara 2 ». Le Renégat, non moins que son aîné, fit fureur dans les cabinets de lecture. Ce contemporain de Charles Martel est un prince mérovingien que sa naissance destinait à succéder à Thierry III sur le trône de Neustrie. Exclu de son héritage, une longue suite d'infortunes l'a conduit à ne plus croire à Dieu ni à la Providence. Il a abjuré la religion paternelle, et, sous le nom d'Agobar, il commande Favant-garde des Sarrasins envahisseurs. Quel hasard le met en présence d'Ezilda, princesse des Cévennes, merveille de beauté, de tendresse et de vertu, avec quel touchant accord ils s'éprennent aussitôt l'un de l'autre, comment, par amour pour elle, il revient à la foi chrétienne, telle est en son fond l'aventure, compliquée d'intrigues à la Radcliffe, ornée de déclamations à la Maturin et de considérations historiques à la Marchangy, que racontent le plus lentement possible les deux volumes du vicomte d'Arlincourt. Mais c'est Alp, c'est Conrad, c'est un peu tous les renégats, bandits et révoltés byroniens qui
resplendissante épée semble la verge flamboyante de l'archange aux portes d'Eden, et sur son casque d'or un noir panache se balance ainsi qu'un crêpe funéraire sur un monument triompai. » (Le Solitaire, 2e éd., Paris, 1821, p. 108.) « Je n'ose encore le juger, dit un autre personnage; ses actions annoncent une âme magnanime, et cependant, malgré moi, je le redoute... Il est de grands scélérats qui ressemblent à de grands hommes. » (Ibid., p. 22.)
1. « La première édition du Solitaire a été enlevée avec une telle rapidité qu'à peine ai je eu le temps de revoir la seconde, » (2e éd., p 1, note.) — « Par un succès dont nous n'avons point vu d'exemple de nos jours, dit Pigoreau. le Solitaire, publié il y a à peine quatre mois, est déjà à sa cinquième édition : on le traduit dans toutes les langues ; de toutes parts on le met en scène sur nos théâtres. Ce début dans la carrière romancière est du plus favorable augure pour un nouveau roman que nous promet Fauteur. )) (Petite Bibliographie biographico- romancière, Paris, octobre 1821, p. 143.)