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ont posé pour le portrait de son héros, ce Agobar est véritablement un monstre, caria difformité de son âme ne peut être égalée que par la beauté de sa personne... Son front noble est plein de majesté, mais l'orgueil en révolte avec le ciel y déploie sa téméraire audace. Son sourire, quoique bizarre, a quelque chose d'enchanteur ; il séduit, il attire, et cependant on ne peut le considérer sans éprouver un malaise indéfinissable, car il est à la fois celui de l'ange et du démon. Sa voix éloquente et mâle a une puissance irrésistible ; elle est comme un prestige qui captive l'oreille et fascine l'entendement. Rien n'est libre autour de lui, non, rien, pas même la pensée... 11 semble qu'une puissance perfide, le tirant d'un limon inconnu, a prétendu faire de lui quelque divinité, et que cette création presque achevée est retombée, frappée d'anathème, entre le surnaturel et l'humain *. » Son regard fixe subjugue Ezilda « comme l'œil des serpents de l'Amérique engourdit les sens du voyageur - ». Victime des injustices de ce monde, il méprise les hommes « et ne voit en eux qu'une masse abjecte » ; il renie l'Eternel « par désespoir de n'avoir pas trouvé dans ses arrêts l'équité « dont son âme est constamment pénétrée3 ». Dans une scène imitée du Siège de Corinthe, Ezilda vient le trouver au milieu de la nuit, et le supplie de ne pas rejeter à la fois et pour toujours «. sa patrie, son épouse et son Dieu ». — « Ton Dieu ! . . répète Agobar avec un sourire infernal, quel insensé pourrait y croire?... Ton Dieu! Supposons qu'il existe, le voici tel qu'il s'offre à nous ! Je vais te tracer son image... » Suivent trois pages de blasphèmes, où le romancier renchérit sur les tirades les plus violentes des Caïn et des Manfred 4. De telles élucubrations faisaient bondir les classiques ; elles
1 Le Renégat, Paris, 1822. Je cite d'après la 2^ éd. (même date\ t. I, pp. 35-37.