Ibid.,t. II, pp
semblaient extravagantes aux romantiques eux-mêmes. Ils refusaient d'ouvrir leurs rangs à d'Arlineourt, et le renvoyaient à la littérature frénétique où sa place était marquée en bon lieu.
C'est dans le même genre qu'il faut classer Annette et le Criminel *, — Argow le Pirate de son titre définitif, — une de ces œuvres de jeunesse que Balzac qualifiait lui-même « d'entreprises de littérature marchande », qu'il n'a pas voulu, en les réimprimant, signer de son nom, mais dont il faut cependant tenir compte si, comme on l'a fait justement remarquer, elles expliquent « l'action lointaine et trop forte encore qu'ont eue jusque sur les œuvres de sa maturité 2 » les« maîtres » d'inégale valeur auprès desquels il avait appris son art. Comme dans toutes les œuvres où un tempérament riche et vigoureux cherche à prendre conscience de lui-même, des tendances diverses s'y font jour, et de multiples influences s'y entre-croisent. On retrouvera celle de Ducray-Duminil et de Pixérécourt, d'Anne RadclifTe,de Lewis et de Maturin, du roman populaire et de « l'école du cauchemar », dans les noires intrigues, les scènes d'horreur et le romanesque extravagant qui n'y sont pas épargnés. On fera honneur à Walter Scott, — et aussi, je pense, au génie de Balzac, — de ce que, dans cette histoire impossible, il entre par endroits d'observation et de réalisme : peinture de la bourgeoisie et du commerce de province, tableau de la vie étroite et casanière d'un petit fonctionnaire parisien. Mais la donnée essentielle du roman, — le criminel réhabilité par l'amour, — est purement byronienne, et byronien aussi le personnage mystérieux, redoutable et grandiose qui y tient le premier rôle. Dès qu'il entre en scène, nous reconnaissons qu'il est de la famille au « regard singulier » qu'il fixe sur Annette et que