‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 309 sur 322 · T, III, p · texte numérisé non relu

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n'est point la mort du corps que je regrette : cette destruction du principe vital n'est-elle point le repos où tout tend, où tout malheureux aspire, le calme de la matière après lequel j'ai soupiré si longtemps ?... Qu'est-ce que la mort pour moi ? Un degré de plus dans le calme et deux peut-être dans le silence i. » Pourtant, après avoir longuement médité, accompli et savouré sa vengeance, ce cœur inflexible se laisse enfin toucher, ce sceptique recouvre la foi, ce superbe abjure son orgueil. « Dites à l'ange qui va veiller sur votre vie, — telle est sa dernière recommandation à Morrel, — de prier quelquefois pour un homme qui, pareil à Satan, s'est cru un instant l'égal de Dieu, et qui a reconnu avec toute l'humilité d'un chrétien qu'aux mains de Dieu seul est la suprême puissance et la sagesse infinie. Ces prières adouciront peut-être le remords qu'il emporte au fond de son cœur 2. » Il suit l'exemple donné par Agobar le renégat et par Argow le pirate. Il faut que le crime, même excusé par la souffrance, ennobli par la grandeur et rehaussé par le génie, rende hommage à la vertu. Ainsi le veut la morale que font triompher d'un commun accord le roman-feuilleton et le mélodrame des boulevards.

On voit où le byronisme déclinant trouve son dernier asile. Des sommets de la poésie, où se campaient superbement les Conrad, les Lara, les Manfred, c'est là qu'ils sont insensiblement descendus. Nous les laisserons s'égarer dans

2. T. VI, p. 277. — Certains épisodes du roman ont été suggérés par des souvenirs de Byron. Teresa Guiccioli y joue son rôle sous le nom de la comtesse G***, et le chapitre intitulé la Mazzolata offre quelques rapports avec une lettre de Byron, datée de Venise, 30 mai 1817, où le poèteraconte comment, la veille de son départ de Rome, il a vu guillotiner trois voleurs. James Darmesteter, dans ses Essais sur la littérature anglaise, p. 196, note, déclare que la scène racontée par Dumas est « simplement traduite » de la lettre de Byron. C'est beaucoup dire. En tous cas, les vingt ou vingt-cinq lignes du texte original ont singulièrement fructifié entre les mains d'Alexandre Dumas.

les bas-fonds de la littérature, et y perpétuer une déplorable postérité. Il n'y aurait plus qu'à clore ce chapitre, si, heureusement pour sa gloire, Byron n'avait suscité, dans un genre plus relevé, des imitations plus avouables, et, avant que la mode fût passée des déclamations romantiques, insufflé à Aurore Dudevant, nouvellement débarquée de sa province Paris pour y jouir de son indépendance et y vivre de sa plume, l'esprit de révolte, la passion brûlante et le lyrisme intarissable qui animent les premiers romans de George Sand.

Byron, nous l'avons vu, est aux origines mêmes de la pensée de George Sand. Il est avec René, avec Young, avec Hamlet, au nombre des auteurs ou des ouvrages qui ont achevé sur elle l'œuvre du désenchantement i. Il a nourri ses rêveries de Nohant. Comme cet André dont elle a conté la mélancolique jeunesse, elle a emporté ses poèmes dans ses courses errantes à travers les prés et les bois, peuplant sa solitude des fantômes échappés de ces livres 2. Il a grossi le fonds de réminiscences où elle a puisé d'abord, quand la destinée eut fait d'elle un écrivain. Plus tard, elle subira l'influence des hommes qui entreront dans sa vie ; elle se fera l'écho retentissant de leurs théories philosophiques, litté-

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