‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 31 sur 322 · Rêveries, neuvième promenade, ibid., p · texte numérisé non relu

Rêveries, neuvième promenade, ibid., p

reuse du moi. Us ont goûté l'un etTautre « une délicieuse ivresse [ » à s'identifier avec le système de l'univers. De la nature ils ont aimé par-dessus tout les sites solitaires, les aspects sauvages et grandioses : montagnes, sapins, roches immenses pendant sur la tète du voyageur, cascades bruyantes, torrents éternels. Mais ils ne lui ont point demandé les mêmes émotions. Sur les sommets alpestres Rousseau n'a cherché que des impressions sereines : « Les méditations y prennent je ne sais quel caractère grand et sublime, proportionné aux objets qui nous frappent, je ne sais quelle volupté tranquille qui n'a rien d'acre et de sensuel. Il semble qu'en s'élevant au-dessus du séjour des hommes, on y laisse tous les sentiments bas et terrestres, et qu'à mesure qu'on approche des régions éthérées, l'âme contracte quelque chose de leur inaltérable pureté -\ » L'âme orageuse de Byron s'est réjouie du tumulte de la tempête et du désordre des éléments : « O nuit, orages, ténèbres, vous êtes merveilleusement forts, et néanmoins attrayants dans votre force, comme l'éclat d'un œil noir dans la femme... Nuit glorieuse entre toutes, tu n'as pas été donnée pour le sommeil ! Laisse-moi prendre ma part de tes sauvages et lointaines délices, et m 'identifier avec la tempête et avec toi ;}... » Et pour la variété des tableaux, quelle différence entre le « promeneur » et le « pèlerin » ! Rousseau n'a connu de la grande nature que les Alpes, leurs cimes, leurs vallons

1. Rêveries, septième promenade, ibid., p. 251 : « La terre offre à l'homme, dans l'harmonie des trois règnes, un spectacle plein de vie, d'intérêt et de charmes, le seul spectacle au monde dont ses yeux et son cœur ne se lassent jamais. Plus un contemplateur a Fàme sensible, plus il se livre aux extases qu'excite en lui cet accord. Une rêverie douce et profonde s'empare alors de ses sens, et il se perd avec une délicieuse ivresse dans l'immensité de ce beau système avec lequel il se sent identifié. Alors tous les objets particuliers lui échappent ; il ne voit et ne sent rien que dans le tout. » Comparez Çhilde Harold, III, 89-90.

2. Nouvelle Héloïse, I™ partie, lettre XXIII, éd. citée, t. VIII, p. 135.

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