Ch. xvu
j'en fais le serment. Ce sera un secret entre Dieu et moi. Comment donc le ciel, qui me l'inspira, pourrait-il s'en moquer ? Non, ce sera mon bouclier contre la douleur, ma ressource contre l'ennui. N'est-ce pas lui qui m'a suggéré depuis hier cette résolution de rester libre et de me faire heureux à peu de frais ? 0 bienfaisante passion, qui, dès son irruption, se révèle par la lumière et le calme ! Vérité céleste, qui dessille les yeux et désabuse l'esprit de toutes les choses humaines ! Puissance sublime, qui accapare toutes les facultés et les inonde de jouissances ignorées ! 0 Louise, ne cherchez pas à m'ôter mon amour, vous n'y réussiriez pas, et vous me deviendriez peut-être moins chère, car, je l'avoue, rien ne saurait lutter avec avantage contre lui *. » Ce culte de la passion George Sandl'a hérité de Rousseau, comme Byron lui-même. Mais il est frappant de voir combien les termes dans lesquels elle le célèbre se rapprochent de ceux du poète anglais. Pour elle comme pour l'auteur de Childe Harold, l'amour est d'essence divine : « Le cœur humain le reçoit d'en haut sans doute pour le reporter sur la créature choisie entre toutes dans les desseins du ciel, et quand une âme énergique l'a reçu, c'est en vain que toutes les considérations humaines élèveraient la voix pour le détruire : il subsiste seul et par sa propre puissance. Tous ces auxiliaires qu'on lui donne ou plutôt qu'il attire à soi, l'amitié, la confiance, la sympathie, l'estime même, ne sont que des alliés subalternes ; il les a créés, il les domine et il leur survit 2. » Tel est le thème qu'elle a repris dans maint roman de cette époque. Je n'entreprendrai point d'énumérer toutes les variations qu'elle en a données, ni les applications qu'elle a faites du principe aux situations extraordinaires où elle aime à placer ses personnages. Je renvoie à Valentine et à Jacques le lecteur qui voudra mesurer à quelles hauteurs de