‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 41 sur 322 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

4. Mme Necker de Saussure, Notice sur les écrits et sur le caractère de Madame de Staël, en tête de Dix années d'exil, Paris, 1845, pp. 113 et 131.

L INFILTRATION

heur d'une femme 4. Mais Mme de Staël était trop sensible au talent pour ne pas pardonner à l'homme en faveur du poète. « Je voudrais, disait-elle, avoir été malheureuse comme lady Byron, et avoir inspiré à son époux les vers qu'il a faits pour elle 2. » Elle était trop curieuse d'originalité pour ne pas chercher dans la conversation de Byron ce piquant et cet imprévu qui donnaient à la sienne l'élan dont elle avait besoin. Mais, dans son entourage, Byron ne plaisait guère ; il ne s'y plaisait pas non plus. Stendhal prétend que lorsqu'il entrait dans un salon, toutes les femmes en sortaient, et que la représentation de cette farce eut lieu plusieurs fois à Coppet3. Au dire de Byron lui-même, un jour qu'il y avait été invité à dîner, il trouva la chambre remplie de gens qui étaient venus pour le voir comme une bête curieuse. Une de ces dames se trouva mal, et les autres paraissaient effrayées comme si Sa Majesté Satan était en personne auprès d'elles 4. Le duc de Broglie, dans ses Souvenirs, paraît avoir exprimé assez exactement l'effet que Byron avait produit sur cette société brillante, mais un peu guindée: « Son extérieur était aimable, sans avoir rien de très distingué ; sa figure était belle, mais dépourvue d'expression et d'originalité... Sa conversation était lourde, fatigante à force de paradoxes, assaisonnée de plaisanteries impies, fort usées dans la langue de Voltaire, et de lieux communs d'un libéralisme vulgaire. Mme de Staël, qui tirait parti de tout le monde, s'évertuait à le mettre en valeur sans y réussir ; en tout, le moment de la curiosité passé, sa société n'était pas attrayante, et personne ne le voyait arriver avec plaisir 5. »

1. Cité par Sainte-Beuve, Mmc de Staël, Revue des Deux Mondes du 15 mai 1835 (Portraits de Femmes, pp. 79 et suiv.).

2. Cité par Pichot, Notice de la 2e éd. de sa traduction de Byron, t. I, 1820, p. xxv.

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