Citée dans la Quotidienne du 21 septembre
5. Exceptons-en toutefois M"»e de Genlis, dont les Mémoires, parus en 1825, contiennent une violente diatribe contre les romans de Scott et les poèmes de lord Byron. « Quant aux premiers, je n'y trouve ni imagination, ni véritable intérêt, ni morceaux éloquents... A l'égard des poèmes de lord Byron, on y trouve certainement de belles tirades poétiques, mais ils manquent de plan, et les fictions en sont plus bizarres qu'ingénieuses. On y sent toujours que l'auteur raisonne sans principes, et qu'il parle de l'amour et de l'amitié sans aucune sensibilité réelle ; il est presque toujours faux, puisqu'il n'est jamais religieux, moral, sensible et même humain, etc.. )> (T. VII, pp. 81-82.) Les romans de Scott avaient le tort de trouver plus de lecteurs que ceux de M,ne de Genlis, et il était de son rôle de moraliste et d'éducatrice de flétrir la « misanthropie » et la « corruption » de Byron.
L INFILTRATION
poètes, que le « barde britannique » va faire la conquête de la France.
Les plus jeunes sont séduits par le romanesque des aventures, la singularité des personnages, la violence des situations, disons le mot, par le mélodramatique et l'empanaché de la poésie byronienne. Q'uinet, à dix-sept ans, lit avec sa sœur W. Scott et Byron. Il retrouve sa sœur dans les jeunes héroïnes des lacs d'Ecosse, et celle-ci, à son tour, ne voit pas « un intéressant corsaire, un beau pirate », sans déclarer que son frère lui ressemble trait pour trait d. S'agit-il du choix d'un état?Le frère et la sœur s'inspirent de leurs lectures favorites: « On m'accordait que l'état militaire avait perdu tout attrait depuis que la Restauration avait eu l'indignité de changer l'uniforme. Il n'y fallait plus penser. Mais on pouvait être marin. Plusieurs des héros de lord Byron l'avaient été, par exemple Conrad. Seulement il y avait trop de tempêtes. On n'insistait pas sur cette profession 2. » Sur les lecteurs un peu plus âgés, Byron produisait un autre effet que ces aimables enfantillages. Le mot de Lamartine : « J'étais ivre de cette poésie 3 », doit être pris à la lettre, et résume sans la moindre hyperbole l'impression de toute la génération de 1820. « C'était une ivresse, dit Delécluze, qu'on ne peut comparer qu'à celle que fait naître l'opium 4. » Michelet, au hasard d'une visite, découvre et emporte presque malgré lui un tome de Byron. « Je l'ai dévoré, écrit-il le jour même dans son journal. Impossible de faire autre chose. J'étais comme ceux qui boivent des liqueurs fortes. Tout après leur paraît sans goût. Outre la langueur dans laquelle jettent les romantiques, celui-ci inspire des sentiments peu philosophiques. Tous ses héros sont dans une situation désespérée. Cela est
1. Quinet, Histoire de mes idées. [Œuvres complètes, Paris, 1858, t.X, p. 251.)