INTRODUCTION IX
De telles revendications n'étaient d'ailleurs pas sans fondement. Il était bon qu'elles fussent présentées, qu'elles le fussent même avec plus de force qu'il n'était peut-être rigoureusement juste, quand ce n'aurait été que pour engager à la prudence les lettrés de l'avenir. La tentation n'est que trop grande de subordonner les œuvres les unes aux autres et, en se fondant sur des ressemblances extérieures et formelles, de conclure à une parenté étroite et à une réelle filiation. Imiter n'est pas toujours comprendre ni s'assimiler. Mais ces protestations ne pouvaient faire que l'influence des grands poètes étrangers, et de Byron autant ou plus que d'aucun autre, n'eût agi efficacement dans l'évolution du romantisme français, et que, pour expliquer celle-ci, il ne fallût tenir compte de celle-là. Les survivants de la grande époque commençaient de rassembler leurs souvenirs, et le nom de Byron y revenait à chaque page1. Les biographes étrangers ou français du poète s'appliquaient à faire ressortir, parmi ses plus beaux titres de gloire, l'ascendant qu'il avait conquis sur la littérature européenne °2. Les historiens de la
1. Voir notamment Delécluze, Louis David, son école et son temps, Paris, 1855, pp. 385-386, et Souvenirs de soixante années, Paris, 1862, pp. 116, 157-158, 215-220, 222, 325, 429, 530. Selon Delécluze, les romans de W. Scott et les poésies de lord Byron ont déterminé la révolution littéraire dite romantique ; il revient à maintes reprises sur Faction exercée par le poète « dont les écrits bouleversèrent en 1819 toutes les idées de la jeunesse en France », et qui « tenait sous son sceptre poétique la plupart des jeunes écrivains français de ce temps ».
2. Mondot, La Vie et les Écrits de lord Byron, Paris, 1860 : « Son influence passa rapidement de l'Angleterre sur tout le continent. C'est de lui qu'émanèrent les théories qui suscitèrent tant de débats en France sous la Restauration, Ceux mêmes qui, chez nous, se déclaraient ses antagonistes s'efforçaient de reproduire la véhémence de sa verve et les couleurs éblouissantes de son style. (P. 282.) — Karl Elze, Lord Byron, zweite, vermehrte Ausgabe, Berlin, 1881, pp/ 423-424. (La première édition de cet ouvrage a paru en 1870.) Selon M. Elze, l'influence de Byron a été incomparablement plus profonde et plus étendue en France que partout ailleurs. « De tous les poètes anglais, aucun peut-être ne fut aussi sympathique aux Français, Aussi prit-il chez eux la tête de l'opposition