‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 52 sur 322 · Correspondance de Ch* de Rémusat, VI, pp · texte numérisé non relu

Correspondance de Ch* de Rémusat, VI, pp

désenchantement que les moralistes avaient commencée. Ne connaissant encore que quelques faces de la vie, je tremblais d'aborder les autres. Le souvenir de ce que j'avais souffert me donnait l'effroi et presque la haine de l'avenir d. »

Du moins Aurore Dupin, encore « trop croyante en Dieu pour maudire l'humanité », essayait-elle de trouver la paix du cœur dans la vie recueillie et cachée, sur le modèle de Y Imitation de Jésus-Christ. Chez d'autres, il semblait que tous les ressorts de l'âme fussent brisés. Jean-Jacques Ampère était du nombre. Le 20 mai 1820, il écrit à Jules Bastide une de ces lettres qu'il qualifiait lui-même de sataniques : « La semaine dernière, le sentiment de malédiction a été sur moi. Je dois cela à lord Byron : j'ai lu deux fois de suite le Manfred anglais. Jamais, jamais de ma vie lecture ne m'écrasa comme celle-là : j'en suis malade. Dimanche, j'ai été voir coucher le soleil sur la place de l'Esplanade ; il était menaçant comme les feux de l'enfer. Je suis, entré dans l'église, où les fidèles en paix chantaient l'alleluia de résurrection. Appuyé contre une colonne, je les ai regardés avec dédain et avec envie. J'ai compris pourquoi la malédiction de Byron finissait par ces mots :

L'univers tout entier sur ton cœur a passé, Que ce cœur désormais soit aride et glacé !

Le soir, j'ai dîné chez Edmond ; il a fallu parler avec Mme Morel de papiers peints et d'appartements... A neuf heures, je n'en pouvais plus : j'étais dans un désespoir amer et violent, les yeux fermés, la tête penchée en arrière, me dévorant moi-même. Je laissai tomber quelques mots de douleur et d'ironie aux consolations de la douce Lydia 2. » On imagine, avec ces dispositions, quel accueil Ampère devait faire aux diatribes de Victor Cousin contre ses auteurs

1. George Sand, Histoire de ma vie, Paris, 1899, III, pp. 350-351,

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