‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 53 sur 322 · J.-J. Ampère, Correspondance et Souvenirs, I, p · texte numérisé non relu

J.-J. Ampère, Correspondance et Souvenirs, I, p

l'infiltration 69

favoris, « Nous avons quitté Cousin à Lyon, écrit-il de Vevey à J. Bastide. Il paraît qu'Albert (Stapfer) a eu avec lui en route une prise violente touchant Senancour, Byron, Lamenr nais, qu'il appelle des polissons, des degrés du néant, des gens qui ramassent de la boue et en font de petits tas, et autres gentillesses philosophiques 4... » Cousin n'y gagnait que de se faire rire au nez par ses interlocuteurs. Leur mal leur était trop précieux pour en vouloir guérir. « Je suis honteux, écrivait Ampère à Bastide, d'oublier si facilement ma misère et de n'être qu'ennuyé... Je viens de parlera table avec un cousin comme un homme qui n'aurait jamais lu Obermann ni compris Byron 2. » Comprendre Byron, c'était pour cette jeunesse maudire la vie, s'enfoncer dans les ténèbres du doute et se murer dans le désespoir.

Aussi, quand parurent en 1819 les trois premiers chants de Don Juan, les admirateurs du poète furent-ils plongés dans une sorte de stupeur. On s'était figuré un Byron invariablement pâle, douloureux et mélancolique, torturé par le remords ou penché sur le mystère de la destinée : on retrouvait un Byron épicurien, gouailleur et sarcastique. Le sombre pèlerin des grèves méditerranéennes, le corsaire farouche au front basané, le solitaire des glaciers alpestres se changeait en une sorte de chérubin, un adolescent trop joli, candidement vicieux, précocement corrompu et corrupteur, courant les alcôves, séduisant les femmes et rossant les maris. L'impiété, de blasphématoire, s'était faite ironique : les imprécations de l'archange déchu finissaient par un éclat de rire à la Voltaire. Le désappointement fut complet. « Avez-vous lu le dernier poème de lord Byron ? écrivait la duchesse de Broglie à M. de Barante. C'est quelque chose d'horrible : il nous avait présenté le mal sous un aspect noble jusqu'à ce jour ; à présent, c'est le dernier degré de l'avilissement. C'est un homme qui

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