juin 1820. {Ibid., I, p
a tout épuisé, et qui veut se venger de tout par la plus cruelle ironie. Cela e$t licencieux sans verve, méchant sans colère, c'est Méphistophélès vivant, mais Méphistophélès était moins criminel, parce qu'il n'avait pas senti et exprimé toutes les belles choses que lord Byron a écrites. C'est une triste chose que de mépriser ce qu'on voudrait admirer *... » Quelques byroniens avancés goûtaient seuls le poème. Stendhal y retrouvait avec plaisir la verve, pour lui si piquante, des satiriques populaires italiens, Grossi de Milan ou Buratti de Venise. Mérimée lui emboîtait le pas : c'était merveille, paraît-il, de lui entendre lire et commenter Don Juan 2. J.-J. Ampère le savait par cœur 3. Mais ce sont là des préférences tout à fait exceptionnelles et qu'on n'affiche pas. Les écrivains de la Restauration, les critiques comme les poètes, à quelque école ou à quelque coterie littéraire qu'ils appartiennent, ne parlent de Don Juan qu'avec regret ou avec horreur. Ils n'y voient « qu'un amas de bouffonneries grossières ou insipides qui ne passeraient pas même sur ceux de nos théâtres où tout passe 4 », « qu'un assemblage ignoble de plaisanteries sans goût et sans légèreté 5 ». L'imitateur de Young et de Gœthe devient pour eux a le rival de l'Àrétin G » . En annonçant l'apparition des deux premiers chants de Don Juan, « la mère, dit un autre, ne se contentera pas d'interdire à sa fille la lecture de ce poème, elle se la défendra à elle-même, pour peu qu'elle ait de respect pour les mœurs et pour la religion.
1. Lettre de la duchesse de Broglie à M. de Barante, 26 août 1819, dans les Souvenirs du baron de Barante, II, p. 381. M. Claude de Barante croit qu'il s'agit de Manfred. L'allusion vise en réalité Don Juan, qui est bien à cette date « le dernier poème de lord Byron ».
2. Delécluze, Souvenirs, p. 222. — Augustin Filon, Mérimée et ses amis, p. 17.
3. J.-J. Ampère, Correspondance et Souvenirs, lettre de Sautelet à Ampère, du 3 novembre 1824, t. I, p. 279.