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exemple, le récit est si vague, les pensées de l'auteur sont si obscures et si peu liées, qu'au lieu d'un tableau il semble voir un voile obscur à travers lequel passent quelques personnages semblables à des ombres rapides ou aux fantômes nébuleux des poètes du Nord. )> Sous la plume d'un admirateur d'Ossian, comme Vigny l'était, ce n'est guère qu'une demi-critique. Mais quelle profusion d'épithètes laudatives dans la revue sommaire que Vigny fait des ouvrages de son auteur : « Si nous examinons ses ouvrages, dans Parisina, nous trouvons un modèle ravissant de descriptions voluptueuses ; la Fiancée dAbydos étale toute la grâce des mœurs asiatiques, toute la patience servile des Grecs opposée à la cruauté infatigable des Musulmans. De temps à autre, au milieu de ces contrastes modernes, il réveille des souvenirs de la Grèce antique. Dans le Corsaire, il a tracé avec une énergie admirable le caractère d'un homme qui, coupable envers la société, s'élève au-dessus d'elle par la force de ses passions et la puissance de son génie. Childe Harold est un voyage poétique dans l'Espagne, l'Italie et la Turquie. Le Giaour offre la peinture déchirante d'un homme malheureux qui, volontairement, s'est séparé du monde ; sa confession est étonnante de poésie, et peut être placée au rang des plus beaux morceaux connus. Enfin Mazeppa est un effort extraordinaire d'une imagination bien riche, car quel autre que lord Byron aurait osé composer un poème avec le simple récit d'un homme emporté parmi cheval sauvage? Quel autre aurait pu réussir? — Figurez-vous un ouvrage dans lequel, à la peinture fidèle et élégante des lieux et des époques, l'auteur a joint celle du choc des passions rendu par des expressions de flamme; un ouvrage où il apparaît toujours un personnage fatigué de la vie et tourmenté par le désespoir profond que le sentiment d'une peine secrète et méritée ou qu'un remords criminel gravent seuls dans le cœur, et vous aurez une idée du genre des compositions de lord Byron ; peut-être alors comprendrez-vous aussi son caractère Toutes ses fautes,
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ajoutait-il, viennent peut-être de l'excès de ses malheurs. Son âme, profondément blessée, a versé son fiel sur toute la nature. Je vois l'auteur de cet ouvrage en me rappelant Manfred... »
Dans ce « premier article », c'était surtout le caractère de Byron que Vigny s'était proposé de faire connaître. Il devait, dans une série d'études postérieures, « examiner son œuvre sous des rapports purement littéraires ». Les articles promis ne parurent pas. Vigny renonça-t-il à les écrire, absorbé par d'autres soucis ? La disparition du Conservateur littéraire après mars 1821 ne lui en laissa-t-elle pas le temps? Peutêtre n'y fut-il pas encouragé, en fut-il même détourné par la rédaction de la petite revue royaliste et catholique qui évoluait dans le sillage du grand Conservateur. « Lord Byron, disait Vigny au cours de son premier article, jette une telle défaveur sur la vie présente, et tant de doutes sur la vie future, que l'on partage le désespoir qui semble avoir inspiré le poète ; mais (tel est le charme inexplicable de la poésie) il afflige l'âme sans la dessécher, tandis qu'avec le même fonds d'idées les philosophes du xvme siècle engourdissent l'âme et détruisent toutes les espérances de la vie. » Malgré les précautions oratoires et la condamnation explicite de la philosophie du xvine siècle, la phrase était tendancieuse et de nature à inquiéter les patrons du Conservateur littéraire. Mais il faut, pour le bien comprendre, se représenter l'état de crise dans lequel entrait, du fait précisément de Byron, la littérature nouvelle, en cette année 1820.
Le romantisme, à mesure qu'il s'éloignait de ses origines, déviait de plus en plus de la route qu'il avait tout d'abord suivie. Fils de Chateaubriand, tenu par M"16 de Staël sur les fonts du baptême, il avait hérité de son père, avec la foi monarchique et religieuse, la haine des « sophistes » de l'âge précédent, de « ces hommes en apparence frivoles, qui détruisent tout en riant » [, et reçu en don de sa marrainp la