‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 69 sur 322 · Génie du Christianisme, he partie, liv. I, ch. i · texte numérisé non relu

Génie du Christianisme, he partie, liv. I, ch. i

curiosité des littératures étrangères. Il avait lu et relu, jusqu'à le savoir par cœur, un gros livre où on lui démontrait, en se servant de toutes les séductions de l'imagination et du génie, que « de toutes les religions qui ont existé, la religion chrétienne est la plus poétique, la plus humaine, la plus favorable à la liberté, aux arts et aux lettres d » ; on lui avait montré comme une source inépuisable de beauté le catholicisme, ses dogmes, sa poétique, ses monuments, ses institutions, ses solennités. Quand il avait essayé de regarder par-dessus les frontières nationales, on lui avait fait voir, dans un autre gros livre, que chez les peuples du Nord, ces peuples poétiques par excellence, le romantisme était né du christianisme et de la chevalerie 2. Il s'était efforcé docilement d'être à son tour chevaleresque et chrétien. Il était convaincu qu'il n'y avait de poésie que sous les voûtes des cathédrales et derrière les créneaux des châteaux gothiques ; il rêvait de pages, de châtelaines, d'ermites et de troubadours. Il jugeait le xvme siècle sec et antipoétique, blasphématoire et criminel : il l'appelait « le siècle réprouvé ». Il chantait les destins de la Vendée et les Vierges de Verdun, Moïse sur le Nil, la Sœur grise, et des hymnes à la Vierge pour les jeux floraux. Il ne prenait des doutes et du sombre ennui de René que ce qu'il en fallait pour revenir avec plus de contrition et de zèle à la foi de ses pères. Et voilà qu'un étranger parti de ces contrées, où l'on ne respirait, avait-on dit, que chevalerie et christianisme, lui révélait tout à coup une poésie grandiose, tourmentée et sauvage, faite de doutes, de blasphèmes, d'imprécations contre la vie et contre la Providence. Ces poèmes et ces drames évoquaient de sinistres héros, sombres comme le démon de la nuit, bourrelés de remords, vivant dans leur désespoir comme le scorpion dans son cercle de flammes, ne pliant le genou ni devant l'homme ni devant

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