Racine et Shakespeare, n° I, 1823, p. 45, et p. 39, n
4. « En 1823 et 1824, il publia Racine et Shakespeare (40 pages), qui eut beaucoup de succès et qui piqua lord Byron. » Notice biographique rédigée par Stendhal lui-même en 1838 [Revue des Deux Mondes, 1843, t. I, p. 267, n. ; article de Bussière sur Stendhal).
5. Voir la lettre à Mmc Belloc, 1824 ; Corr. inédite, t. I, p. 273.
qui sent tout le prix d'une amitié illustre : « Il m'a été agréable, Milord, d'avoir quelque relation personnelle avec l'un des deux ou trois hommes qui, depuis la mort du héros que j'ai adoré, rompent un peu la plate uniformité dans laquelle les affectations de la haute société ont jeté notre pauvre Europe. Autrefois, quand je lus Parisina pour la première fois, mon âme en resta troublée pendant huit jours. Je suis heureux d'avoir une occasion de vous remercier de ce vif plaisir1. » En 1837, voulant exprimer l'impression qu'a faite sur lui un récit « sublime », il le déclarera « digne de lord Byron 2 ». Mérimée, nous le savons, était, lui aussi, un byronien de la première heure. Les romantiques libéraux, Ch, de Rémusat, Duvergier de Hauranne, Vitet, ont déjà, avec des réserves plus ou moins marquées, manifesté leur admiration pour lord Byron Ils vont, dans le Globe, non pas révéler le poète anglais, mais poser les bases d'un jugement équitable sur son œuvre, en évitant également le fétichisme et le dénigrement 3. Ils donnent le ton à l'élite
1. Correspondance inédite, I, p. 244. La lettre est datée du 20 juin 1823. On ne sait si elle a été envoyée. Elle débute ainsi : <( Milord, vous avez bien de la bonté d'attacher quelque importance à des opinions individuelles ; les poèmes de Fauteur de Parisina vivront encore bien des siècles après qu'on aura oublié Rome, Naples et Florence en 1817 et autres brochures semblables. — Mon libraire a mis hier à la poste, pour Gênes, Y Histoire de la peinture en Italie et De V amour. »
2. (( Lisez dans le Journal du Commerce des 16, 17, 18 et 19 de ce mois une relation allemande de Constantine, traduite par M. O . Cela est sublime, digne de lord Byron. » (Correspondance inédite, t. II, p. 252.)
3. On le trouvera développé tout au long par Charles de Rémusat dans le n° du 3 février 1825, t. I, p. 310, à propos du Lord Byron de Mme Sw.-Belloc. « La mort de lord Byron a rendu son nom populaire : désormais, ce nom est lié à la plus noble cause, à la plus consolante espérance de notre siècle. La destinée a été juste pour lui, bien que sévère... La beauté et la tristesse de ses derniers jours expient bien des fautes. L'admiration qu'il inspire est désormais sans mélange : elle ne laisse plus d'accès qu'à la pitié... Quelque vive que soit l'admiration de Mmc Belloc, le goût avouera presque tous ses jugements : peut-être sontils trop exclusifs, en ce point qu'elle ne fait pas assez remarquer qu'il est possible d'être beau d'une autre manière que lord Byron, que son génie
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de la jeunesse intellectuelle, Doudan, Saint-Marc Girardin, de Sacy. « Les littératures étrangères, dit ce dernier, mieux connues, agrandissaient notre horizon... Les noms de Schiller, de Gœthe et de Kant se mêlaient dans nos conversations avec ceux de Shakespeare, de Byron et de W. Scott 4. » Parmi les romantiques purs, il y a déjà des byroniens convaincus. Alfred de Vigny ne s'est pas contenté d'exprimer bien haut son admiration pour l'auteur de Manfred : il l'a fait partager à Pauthier de Censay, le poète-soldat qui portait dans son sac la bible du lieutenant-poète ; à son ami et compagnon d'armes Gaspard de Pons, qui avait commencé par sacrifier à la muse erotique des Parny et des Gentil-Bernard. Cette même année 1823, Jules Lefèvre publie son Parricide, un recueil tout imprégné de byronisme, qui lui vaut, dans les Annales de la littérature et des arts, les admonestations de Saint- Valry, fidèle champion du romantisme chrétien contre l'école philosophique du xvnic siècle 2. Tous ces noms se trouvent confondus dans la Muse française,
est brillant, mais restreint, et que l'art ne doit pas être uniquement borné à célébrer l'artiste ni à peindre le monde à son image. . Si Mm° Belloc est juste envers le talent de lord Ityron, juge-telle aussi bien de l'homme que de Fauteur? Ici, je l'avoue, le ton du panégyrique qu'elle a presque toujours conservé laisse trop à deviner au lecteur, et peut-être, sans affaiblir en rien son admiration, eût-elle dû caractériser avec moins de ménagement cette disposition orgueilleuse et irritable, ce besoin excessif d'émotion et d'effet, cette sensibilité égoïste enfin, le trait principal de lord B3T011, et l'ordinaire faiblesse des hommes distingués de notre temps .. » L'auteur esquisse rapidement la biographie de Byron. et conclut ainsi : « Et cependant ses fautes, que nous n'avons pas voulu atténuer, ne paraissent-elles pas fort au-dessous de la renommée de perversité qu'on lui a faite, et des soupçons qu'elle laisse dans l'esprit même de ses admirateurs ? Après tout, il n'y a rien de bien noir dans sa vie ; il n'a nui qu'à lui-même. »
1. De Sacy, Notice sur Doudan, en tête des Mélanges et Lettres de Doudan, Paris, 1876, 1. 1, p. xxi.
2. Voir dans le t. X, 1823, livr. 126 et 129, les deux articles de Saint- Valry sur le Parricide. « Ce recueil présente la réunion singulière de plusieurs défauts de l'école philosophique qui tombe, et de presque tous ceux de l'école romantique qui s'élève. » (P. 355.)
fondée en juillet 1823. Les rédacteurs principaux du nouveau recueil se rattachent en littérature à l'école de Chateaubriand, mais ils semblent vouloir se dégager des entraves du parti réactionnaire qui cherche à monopoliser la gloire du grand homme. Sur deux points surtout ils marquent très nettement une marche en avant. Ils veulent une critique plus libérale : « La critique, par système ou par habitude, est restée un peu en arrière du mouvement général. Il en résulte qu'elle n'est pas toujours suffisamment applicable à la littérature actuelle, car, pour la guider, encore faut-il faire route avec elle. C'est à régulariser et non à paralyser sa marche jeune et libre que la Muse française consacrera ses efforts d. » D'autre part, ils se proposent de tenir le public au courant des littératures étrangères comme de la nôtre, « persuadés qu'un patriotisme étroit, en littérature, est un reste de barbarie 2 ». A cette sympathie pour les littératures étrangères, la renommée et l'influence de Byron ne pourront que gagner, comme nous ne tarderons pas à le voir. Mais auparavant il nous faut montrer quel apport considérable fournit à sa popularité le grand courant d'enthousiasme pour la cause de l'indépendance hellénique, qui à cette heure justement est à son plein, et entraîne irrésistiblement les âmes françaises.
Depuis quelques années déjà, les efforts tentés par les Grecs pour se soustraire au joug ottoman avaient commencé d'attirer l'attention de l'opinion publique dans tous les pays d'Europe, et peut-être plus encore que partout ailleurs dans cette France qui est toujours prête à embrasser la cause des opprimés. Le soulèvement des îles Ioniennes en 1819 et l'abandon de la