‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 77 sur 322 · Lamartine, le Manuscrit de ma mère, Paris, 187L p · texte numérisé non relu

Lamartine, le Manuscrit de ma mère, Paris, 187L p

5 V Hugo, Sur George Gordon, lord Byron (Muse française, juin 1824). — Alexandre Dumas a consigné dans ses Mémoires l'impression que lui causa la mort de Byron : « Quant à moi, cette mort inattendue d un des plus

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d'un deuil public jusque sur les bancs des collèges * ». « Le jour où nous apprîmes la mort de Byron à Missolonghi, dit Legouvé dans ses Souvenirs, fut pour nous un jour de deuil ; nous aurions volontiers mis un crêpe à notre casquette 2. » «J'avais dix-huit ans, rappelle-t-il ailleurs, j'étais élève en philosophie, et à ce titre j'occupais dans une grande institution de la rue de Clichy une petite chambre particulière sous les toits. Le jour de cette mort, nous nous réunîmes, trois de mes camarades et moi, dans ma mansarde ; nous passâmes notre journée à relire des passages de Childe Harold, du Corsaire, de Manfred et de Don Juan. Que d'émotions ! que d'admirations ! je veux dire que de larmes 3! » Dans les salons, dans les théâtres, le nom de Byron obsède les esprits et court sur toutes les lèvres4. Au Palais-Boyal, la librairie Ladvocat est dans la tristesse. L'éditeur des traductions de Byron fait annoncer qu'il va publier en l'honneur du héros une Couronne poétique à laquelle toutes les jeunes Muses apporteront leur

grands poètes de l'époque m'avait profondément frappé ; je sentais instinctivement qu'il y avait dans Byron plus qu'un poète, qu'il y avait un de ces apôtres dont la bouche inspirée jette dans le silence de la nuit et dans F obscurité de l'art de ces grands cris qui sont entendus de toutes les nations, de ces puissantes lueurs qui éclairent tout un monde. Ceshomireslà en général sont non seulement des prophètes, mais encore des martyrs... C'est au spectacle de leurs propres douleurs qu'ils poussent les grandes lamentations qui saisissent le cœur. » Il était alors employé au secrétariat du duc d'Orléans : « Désespéré, le journal funèbre àla main, j'entrai dans un de nos bureaux en criant : Byron est mort ! » (T. IV, pp. 81-82)

1. Nettement, Histoire de la littérature sous la Restauration, Paris, 1858 t. II, p. 382.

2. Legouvé, Soixante ans de souvenirs^ Paris, 1886, t. I, p. 182.

3. Préface de la traduction de Don Juan par Paul Lehodey, Paris, 1869, p. v.

4. « On parlait à FOdéon de la prochaine représentation de la Mort de Biron. « Parbleu, dit un érudit du balcon, Fauteur n'a pas perdu de temps. Son héros est à peine à Westminster, et il a déjà fait une tragédie sur sa mort !» — « De quel héros parlez-vous donc ? — De celui de la tragédie nouvelle, apparemment, de lord Byron. » [Diable boiteux du 10 septembre 1824.) — La pièce en cause était le Maréchal de Biron, tragédie en 5 actes et en vers, représentée à FOdéon le 27 septembre 1824.

fleur1. En attendant, on se presse devant sa vitrine pour y contempler les traits du « barde britannique » reproduits par le sculpteur Flatters d'après un masque moulé sur le visage du défunt 2. Rue des Filles-Saint-Thomas, au coin du passage Feydeau, c'est un portrait de lord B^ron par M. Perranès, artiste grec, qui attire la foule3. «Le corps, étendu sur un lit, est à demi recouvert d'un linceul... Une lampe sépulcrale éclaire l'appartement où est déposé le noble lord. L'épée que Childe Harold avait tirée pour la cause des Grecs est suspendue au socle d'une statue de la Liberté. La lyre dont les sons devaient entretenir le feu sacré de l'indépendance est jetée près du cercueil du ïyrtée moderne ; les cordes en sont brisées. Les ombres de quelques Grecs agenouillés entourent le lit de mort de leur généreux défenseur. » On multiplie les effigies de Byron : une médaille est gravée en son honneur 4... Enfin rien ne manque à sa gloire des habituelles manifestations de l'engouement populaire.

Dans les journaux, dans les revues, ce ne sont qu'articles nécrologiques, généralement enthousiastes. « Lord Byron ne serait qu'un homme de génie dans la république des lettres, qu'il faudrait déplorer la mort prématurée d'un poète qui, malgré tous ses défauts, dont la critique a fait justice, avait assez de verve et d'énergie pour faire espérer dans la maturité de l'âge et du talent quelque ouvrage digne des chefs-d'œuvre de Milton et de Pope. Mais lord Byron venait d'associer son nom et sa fortune aux destinées d'un peuple chez lequel ses vers avaient puissamment contribué à réveiller le noble amour de la liberté ; la douleur que fait naître en nous la mort du poète s'agrandit des justes regrets de la Grèce régénérée5...»

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