‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 91 sur 322 · Pp · texte numérisé non relu

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rement originale, où ils s'efforcent de « réchauffer leur poésie au feu de la sienne d ». Ces traductions sont souvent précédées de longues préfaces. Fabre d'Olivet entreprend de réfuter Caïn, qu'il considère comme « dangereux, opposé à la Providence, et renfermant un système subversif de Tordre social 2 » ; il accuse l'auteur de ne pas comprendre la Bible, et se met en devoir de lui en expliquer en cinquante pages la cosmogonie. En général, on essaye plutôt de défendre, en les définissant, le caractère et le génie du poète. « Le sentiment qui dicte ses réflexions, dit Deguer, au lieu d'être le mépris ou la haine des hommes, n'est au fond que le dédain des choses que les hommes poursuivent... Ce qui est surtout exprimé ici, c'est ce dégoût, c'est cet abattement, c'est cette profonde mélancolie qui forment le triste cortège de l'espoir déçu, de l'amitié trahie, de l'amour trompé, du ressouvenir des fautes personnelles et du sentiment de leur punition... Lord Byron est le poète de la beauté... et spécialement celui de la force 3. » Ces dissertations finissent volontiers par une péroraison enthousiaste : « On sent, s'écrie Pauthier, en lisant le second et le troisième chant de lord Byron, à quel point il avait été aigri par le malheur ; dans quelques passages, il y a presque du délire. Un doute désespérant dans ses croyances, une exagération politique affligeante, déparent ces élans d'un si grand génie. Mais que de charmes dans ces tableaux de la nature I que de tendresse dans les regrets qu'il adresse à sa fille ! que de sentiments, que d'émotions, que d'images, que

1. Le Corsaire, poème dramatique en cinq actes et en vers, par Evariste Boulay-Paty et Hippolyte Lucas, d'après Byron (l'un des premiers drames romantiques) ; notice historique par L. Hippolyte Lucas fils ; Paris, 1901.

— Imprimé en 1830, mais non représenté, suivant la notice historique.

— Préface des auteurs, p. 10.

2 Caïn, mystère dramatique de lord Byron, traduit en vers français et réfuté dans une suite de remarques philosophiques et critiques, etc., par Fabre d'Olivet, Paris, 1823, prospectus.

3. Le Pèlerinage de Childe Harold, poème de lord Byron, traduit par P. -A. Deguer, Paris, 1828, Introduction.

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de poésie enfin dans les méditations de cette âme solitaire, immense, orageuse, qui errait sans patrie parmi toutes les patries, et à qui il ne restait d'abri que l'océan... de ses pensées 4 ! »

Quant aux imitations de détail, elles sont innombrables. Parfois on met en scène Byron lui-même : il est naturel qu'on le fasse parler comme Childe Harold ou comme Manfred. Les adieux du poète à sa patrie sont traduits en vers par un M. de Lauréal dans YAlmanach des Muses de 1823. Emile Roulland en tire un sujet de romance :

Pour jamais adieu, noble terre, Féconde en beautés, en grandeurs !

Adieu, vieux château de mon père, Témoin de mes tendres douleurs !

Adieu, sombre tour du bocage, Aux vieux créneaux, aux vastes flancs Où la lune, les nuits d'orage, Frémit au souffle des autans 2.

1. Traduction du Pèlerinage de Childe Harold, Paris, 1828, note préliminaire au IIe chant.

2. Poésies posthumes et inédites, Paris, in-80, 1838, avec une notice par Boulay-Paty, Mélodies, Lord Byron, p. 261. Malgré la date tardive de cette publication, Emile Roulland, né à Hennebont en 1802, appartient bien à la génération de 1825. Il avait vécu à Rennes dans l'intimité de Boulay-Paty et d'un autre ami que son biographe désigne sous le nom de Frédéric Une lettre de ce dernier contient de curieux détails sur les amusements plus ou moins byroniens de la jeunesse littéraire entre 1820 et 1825. Il avait composé un Journal d'un jeune homme de seize ans, « dont les scènes se passaient avec les anges les diables, les filles de joie, les vierges et les religieuses..., où les fantômes et les brigands, les épisodes et les événements se succédaient, se multipliaient » . L'œuvre finie, il en donna lecture dans la chambre d'Emile. « Pendant plus de huit jours (je veux dire huit nuits), ce fut un désordre affreux, des cris et des trépignements, des éclats et des pleurs qui jetèrent l'effroi et l'inquiétude chez les voisins, qui vinrent se plaindre à son père. Nous choisissions pour notre lecture les temps les plus sombres, les grands vents et la pluie. » (Notice, pp. xvn-xvm ) « Nous nous étions intitulés les enfants de la nature et des fées, des cieux et de la terre ; nous avions inventé un nom d'une longueur démesurée, qui résumait tous nos cultes, toutes nos affections. Je ne pourrais jamais me le rappeler ; je sais qu'il signifiait

Il compose sur ces strophes de la musique qu'il exécute lui-même, aux applaudissements de ses amis. « Qui Fa entendu chanter la Danse des Esprits, la Feuille, Lord Byron, la Ronde des diables, s'écrie Boulay-Paty, ne l'oubliera jamais M » Le Genevois Charles Didier imagine un dialogue entre un voyageur et un berger. L'orage gronde : le pâtre engage le passant à chercher un abri dans le chalet voisin. Mais le voyageur veut « de la montagne escalader le faîte » :

La tempête a pour moi d'ineffables délices...

Les vents furent toujours mes plaisirs et mes jeux.

Le berger insiste :

« Si Satan t'inspirait cette impie assurance ! Le ciel est irrité : tremble, par tes discours, D'attirer sur ton front le bras de sa vengeance. Pour la dernière fois, viens avec moi ! — Je cours Défier de plus près l'orage incendiaire. Adieu ! — Le malheureux ! il n'a donc pas de mère ! » Et Byron, à ces mots, s'élance avec fierté Et disparaît aux yeux du pâtre épouvanté 2.

Alphonse Rabbe essaye de faire passer sous le nom de Byron une apologie du suicide. Le poète apostrophe un vieux poignard qu'il a acheté dans quelque boutique parmi des ferrailles, nettoyé et poli lui-même avec soin. « D'où viens-tu ? lui demande-t-il. Quel est le coup terrible qui te fit légèrement fléchir? Que veulent dire ces vingt ouvertures percées

amant du soleil, de la mer, des astres et de la lune. Nous avions été nous initier sur les rochers et les grèves de Saint-Malo pendant une grande tempête d'équinoxe, le soir, quand la mer était affreuse, la lune rougeâtre et voilée par d'immenses nuages ; nous étions là inondés de pluie et d'écume, bouleversés par les vents et criant comme les oiseaux des tempêtes, brandissant de vieilles épées rouillées et tirant un coup d'un pistolet d'arçon que nous avions emporté de crainte des brigands. » {Ibid.f p. XXI.)

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