‹ Byron et le romantisme français; essai sur la fortune et l'influence de l'œuvre de Byron en France de 1812 à 1850Chapitre 93 sur 322 · Orientales : Canaris, les Têtes du sérail, Navarin · texte numérisé non relu

Orientales : Canaris, les Têtes du sérail, Navarin

3. Voir Œuvres complètes, Paris, 1844, t. III, pp. 268-334. « On recon-

Don Juan à Constantinople, à Frédéric de Reiffenberg un Siège de Corinthe i qui n'est qu'une adaptation dramatique du poème anglais, à Soumet un Siège de Corinthe i encore, que Kossini met en musique 2, à Boucher de Perthes une série de contes où, sous des noms différents, nous retrouvons les personnages et les scènes du Giaour 3. Rességuier, dans son Odalisque, esquisse un drame analogue à celui qui met aux prises Hassan et son ténébreux rival :

Le signal attendu se montre sur les tours ; Un esclave séduit guide par cent détours Le jeune amant aimé vers l'endroit où repose La beauté d'Orient sur sa couche de rose. Ils s'enivrent d'amour et se parlent tout bas, Et laissent passer l'heure, et n'aperçoivent pas, Sous les plis du rideau qui lentement se lève, La tête du sultan, son regard et son glaive *.

Le Sac, de Théodore Carlier, reprend le même sujet, mais en lui donnant un autre dénouement. Le Giaour a plongé dans l'abîme à la suite du sac fatal qui contient sa maîtresse ; il l'emporte dans sa maison et en coupe les nœuds.

naîtra lord Byron dans les scènes qui suivent ; on y retrouvera une aventure du héros de son célèbre poème, et, comme diraient les Espagnols, las Mocedades de don Juan. » Lebrun pensait tirer des aventures de don Juan au sérail de Constantinople un livret d'opéra pour le compositeur Wilhem. Mais Wilhem mourut prématurément, et le poème resta inachevé.

1. Poésies diverses, Paris, 1825, troisième Harpe : le Siège de Corinthe, scènes lyriques. Alp, le renégat, s'appelle ici Osman ; il est pourvu d'un confident nommé Conrad Ces scènes paraissent destinées à être mises en musique.

2. Le Siège de Corinthe, tragédie lyrique en trois actes, paroles de Soumet et Balochi, musique de Rossini, représentée pour la première fois à l'Académie royale de musique le 9 octobre 1825, Paris, in-8", 1826. Cette fois Alp est devenu Almanzor, et Francesca, Palmira. L'ouvrage, dit VA Imanach des spectacles, «a obtenu un succès d'enthousiasme ».

3. Romances, ballades et légendes, Paris, 1830. Voir les pièces intitulées : Nathaïs, ~ Osmin, — VEsquif,— la Vengeance, — le Monastère.

4 Tableaux poétiques, Paris, 1828, pp. 111-115.

Mais l'aube qui paraît ne lui montre qu'un homme Dans ce qu'il pressait sur son cœur *.

Ainsi l'imagination se joue sur le thème initial et en tire des effets inattendus.

A défaut de la Grèce, il y a parle monde d'autres grandeurs déchues, d'autres nations crucifiées : l'Italie attire à elle les sympathies sans objet. Pour plaindre Venise, comme pour pleurer Athènes, on va demander des inspirations à Byron. Casimir Delavigne, voyageant en Italie, est obsédé par la mémoire du poète anglais. Dans ses Adieux à Rome, il mêle son nom aux souvenirs de la Ville éternelle 2. A Venise, il fait arrêter sa gondole au Lido pour y chercher les traces « de l'étranger qui parcourait ces rives ». Il médite après lui les grandes leçons de l'histoire :

0 ciel ! la voilà donc, cette beauté si fïère Qu'adoraient en tremblant les peuples asservis, Le jour qu'un empereur dans ses sacrés parvis, Sous les pieds d'un pontife, a baisé la poussière ! Des siècles pour grandir, pour mourir des instants : Tels furent ses destins ; sa longue décadence D'une lutte sans fin n'a point lassé le temps : Un peuple a tout perdu s'il perd l'indépendance 3.

Bignan, en 1825, obtient la lyre d'argent à l'Académie de Cambrai avec une ode sur Venise où les réminiscences de Childe Harold soutiennent le vol incertain de cet aigle des Pâmasses provinciaux :

Venise, ainsi périt cette puissance antique,

Et son beau nom de république

N'a plus d'écho pour retentir.

Un orage en passant brise ton front superbe ;

Ton front disparaît comme l'herbe

Sous le flot qui vient l'engloutir.

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