Pp. 7-8. Comp. Childe Harold, IV
Vil peuple, tes larmes sont vaines, Tu n'attendris pas tes tyrans ; Le sang s'arrête dans tes veines :
Qu'il coule plutôt par torrents.
Entends ! la Liberté te crie :
Combats, délivre ta patrie, Ranime ses jours glorieux, Ou sous les flancs de tes murailles Trouve d'illustres funérailles :
Il n'est point d'esclaves aux cieux *.
Toutes les œuvres du poète anglais sont exploitées les unes après les autres, et dans la cohue des imitateurs, les plus glorieux coudoient les plus obscurs. Sans entrer ici dans le détail de tout ce que Vigny doit à Byron, on peut reconnaître facilement dans Héléna des lambeaux du Corsaire et de Childe Harold, et dans les descriptions du Déluge des passages entiers d'Heaven and Earth ; Moïse pense et parle comme Manfred, et le Trappiste a les traits de Conrad. On dirait que le Masque de fer a passé par le cachot du Prisonnier de Chillon. Le Condamné de Bignan y a séjourné certainement, car il fait entendre des mêmes plaintes :
J'embrasse du regard un horizon immense. Combien ces flots sont purs, combien ces vents sont frais ! L'aigle avec majesté dans les cieux se balance. L'univers m'appartient. Mais tout change. O regrets ! Plus mon songe était doux, plus sa fuite est terrible ; Mon rapide bonheur s'envole dans les airs. Quand on se rêvait libre, hélas ! qu'il est horrible De s'éveiller au bruit des fers 2.
Si le même Bignan décrit à grands traits le Colisée, c'est pour y faire développer, dans un discours sans fin, par un « enfant des Daces » aussi disert que le paysan du Danube, les pensées que l'auteur de Childe Harold prête à son gladia-
1. Odes, Paris, 1825, p. 118 : Venise. Comparez Byron, Ode on Venice, fin.