Poésies complètes, Paris, 1877, p
Je m'enivrais comme elle et j'avais oublié
Que la parure est tout, qu'en public une amante
Aime tous les regards qui la trouvent charmante,
Que la danse sur elle a des droits absolus,
Et qu'une femme au bal ne nous appartient plus * .
C'est en voyant valser sa maîtresse avec son rival Belmon, que FArthur de Guttinguer se sent mordu au cœur par la jalousie ; il payera de sa vie cet injuste soupçon 2. Turquety se rappelle un bal auquel il a assisté dans son enfance. Il avait neuf ans, et, déjà moraliste, il pensait, tout en suivant des yeux une jeune inconnue mêlée aux couples joyeux :
Que n'est-elle ma sœur?... Je lui dirais tout bas : Ma sœur, écoutez-moi ; ma sœur, ne valsez pas ; Ne valsez pas : songez à ce qu'ont dit nos pères. Pourquoi préférez- vous ces danses trop légères?...
1. lableaux poéti ques, 1828, le Bal, pp. 53-57. M. Baldensperger fait remarquer (Gœthe en France, pp 78-79) que le motif de la satire de Byron contre la valse se trouve dans Werther. Il signale plusieurs reprises du thème : dans Y Elle Mariaker de Boulay-Paty, dans la Confession d'un enfant du siècle, dans le roman d'A. Karr, Sous les Tilleuls, ch. lxv. On peut à cette liste ajouter une allusion de Victor Hugo (Feuilles d'automne, XXIII) :
Si vous n'avez jamais vu d'un œil de colère
La valse impure, au vol lascif et circulaire,
Effeuiller en courant les femmes et les fleurs...
Et il faut remarquer que Musset n'a pas toujours dit du mal de la valse. « Un soir que dans je ne sais quel bal le cotillon avait été mal conduit, Alfred saisit l'occasion de faire un éloge de la valse qu'il méditait depuis le jour où il avait lu dans les poésies de lord Byron une critique amère de cette danse. (Paul de Musset, Biographie d'Alfred de Musset, éd. Lemerre, p. 188 ) On trouvera cet éloge à la fin de la pièce intitulée : A la Mi-Carême :
La valse d'un coup d'aile a détrôné la danse.
Si quelqu'un s'en est plaint, certes, ce n'est pas moi.
Je voudrais seulement, puisqu'elle est notre hôtesse, Qu'on sût mieux honorer cette jeune déesse. Je voudrais qu'à sa voix on pût régler nos pas, Ne pas voir profaner une si douce ivresse, Froisser d'un si beau sein les contours délicats, Et le premier venu l'emporter dans ses bras.