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LIVRE lI LES ÉLÉMENTS DE PUISSANCE

Définir les causes multiples, permanentes ou passagères, de la décadence byzantine est chose relativement facile et qui a été tentée souvent. Il semble plus malaisé de déterminer les raisons de la grandeur de Byzance. Et pourtant, pour que l'empire ait duré, pour qu'il ait pu, pendant plus de mille ans, vivre, et non sans gloire, il faut qu'il ait enfermé en lui-même des éléments de puissance sans lesquels son existence — telle qu'elle fut — serait proprement inexplicable. Quelles sont les causes profondes et longtemps efficaces de cette grandeur ? C'est ce qu'on voudrait ici déterminer.

C'est d'abord, et essentiellement, un gouvernement absolu et fort, une des conceptions les plus puissantes qui se soient jamais rencontrées de l’autorité monarchique. Ce gouvernement est admirablement servi par une armée bien organisée, qui fut longtemps capable de défendre la monarchie; par une administration fortement centralisée, qui sut donner l'unité à l'empire et la maintenir, et qui fut vraiment l’armature de la monarchie ; enfin, par une diplomati habile, qui sut longtemps propager l'influence et entretenir le prestige de Byzance dans le monde. Par ailleurs, l'empire a longtemps connu une prospérité économique incomparable, et il a été le foyer d'une merveilleuse

culture intellectuelle, deux choses qui ont fait de Constantinople l'un des centres les plus magnifiques et les plus raffinés de la vie civilisée. Et à l'élégance enfin de sa somptueuse capitale, l'empire à su joindre des qualités d'énergie et de force, dont les provinces — et l’Asie en particuher — ont été longtemps la source inépuisable.

Sans doute, selon les temps, ces causes ont été plus ou moins agissantes. L'empire a connu des époques où le gouvernement était faible, l’armée désorganisée, l’administration relâchée et corrompue, la diplomatie imprudente et maladroite. Mais longtemps, à ces dépressions passagères, des éléments de reconstitution se sont opposés. Et pareillement, la prospérité économique de l'empire a fini par fléchir, et la perte de l'Asie conquise par les Turcs a eu pour la puissance et l'équilibre de la monarchie des conséquences redoutables : deux grands faits qui ont préparé la décadence irrémédiable de l'empire à partir du xr° siècle. Mais Constantinople, jusqu’à la fin, est demeurée un admirable foyer de civilisation, comme un témoin de la grandeur passée de Byzance, et longtemps le prestige de la Ville a entretenu autour d'elle un suprême rayon de splendeur.

Et ceci trace le plan de cette étude : le Gouvernement ; l'Armée ; la Diplomatie ; l'Administration ; le Développement économique ; et, comme aux deux feuillets opposés d'un diptyque, Constantinople, foyer de richesse et de civilisation, l'Orient asiatique, force de l'empire.

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