‹ ByzanceChapitre 13 sur 58 · Nicétas ACOMINATE, Histoire, p · texte numérisé non relu

Nicétas ACOMINATE, Histoire, p

2. Ainai s'exprime Constantin VII dans la vie qu'il a écrite de son grand-père Basile IT.

rogénètes », et l'on constate désormais un progrès croissant des idées de légitimité. [1 y a des dynasties : les Macédoniens qui ont duré 189 ans, les Comnènes qui ont régné 104 ans, les Paléologues qui ont occupé le trône pendant 192 ans; et les usurpateurs eux-mêmes ont le respect de la dynastie légitime. 1] y a un attachement populaire à la famille régnante, un dévouement loyaliste. L'opinion publique professe maintenant que «celui qui règne à Constantt nople finalement est toujours victorieux », ce qui fait de l'usurpation, non pas seulement un crime, mais — chose pire — une sottise. Et dans cette monarchie orientale, des femmes même ont régné — ce qui jamais n'est arrivé en Occident — et ces femmes, une Irène, une Théodora, une Zoé, ont été populaires.

LA VITE IMPÉRIALE. — Pour finir, considérons brièvement, pour bien nous rendre compte de ce qu'est un empereur byzantin, ce qu'est la vie impériale, entre le couronnement à Sainte-Sophie et les funérailles magnifiques aux Saints- Apôtres.

Le livre des Cérémonies, qu’a écrit au x° siècle l'empereur Constantin VII, nous montre une vie toute représentative et, comme on l’a dit, vraiment « pontificale », où l'empereur, au milieu des cantiques, des acclamations rythmées, des cortèges et des pompes, passe, inutile et majestueux. Chaque acte de sa vie, chaque geste est réglé par l'étiquette, et cette vie est toute pleine de cérémonies vaines, fêtes religieuses, fêtes civiles, courses, audiences, diners. Chaque matin, une procession solennelle se déroule à travers les appartements du palais; à certains jours, ce sont des visites aux églises ; à la fin de l'année et au commencement de l’année nouvelle, ce sont les fêtes magnifiques du BwBsxahuepov, etc. Et, sous cet aspect éclatant, on entrevoit quelque chose de singulièrement misérable.

Mais cette vie de représentation, de palais, de harem, cette existence vide n'est qu'une partie, et la moindre, de la vie d'un empereur byzantin. |] y à eu des souverains énergiques, qui se sont formé une autre conception de leurs fonctions et de leur existence. Il y à eu des empereurs guerriers, toujours à la tête des troupes, Héraclius et les deux premiers Isauriens, Basile I®, Phocas, Tzimiscès, Basile II, si sobre, si ennemi du luxe, et Alexis et Jean et Manuel Comnène. [] y a des empereurs qui, au palais même, ont mené autre chose qu'une vie oisive. Justinien, malgré ke goût qu'il avait de la pompe et de l'étiquette, passait les nuits au travail, et 1l à mérité qu'on l’appelâät « l'empereur qui ne dort jamais ».

LA FORCE DE L'INSTITUTION IMPÉRIALE. — Ce sont ceux-là qui de l'institution impériale ont su tirer une des sources de la grandeur de Byzance. Sans doute, dans cet Etat, où tout remonte à l’empereur, il arrive inévitablement que l'entourage immédiat du prince exerce sur lui une trop puissante influence, et de la place que tient le palais dans la monarchie peut sortir un régime d'intrigues, un gouvernement de femmes et de favoris. Dans cet Etat où tout dépend du prince, c'est un danger constant aussi que la tentation donnée aux ambitieux de renverser le souverain, parce que la révolution est le moyen unique — et facile — d'obtenir le pouvoir. Dans un Etat enfin, où Ka volonté d'un seul homme règle toutes choses, c'est un péril redoutable que cet homme puisse être médiocre ou faible. Ce sont là les inconvénients de cet absolutisme monarchique. Mais quels avantages par ailleurs dans l'unité de direction, dans là continuité de politique, dans la fermeté de conception et d'exécution, qu'assure un prince qui gouverne tout en maître. Et si ce prince est un homme de valeur, qui sache

utiliser les moyens de gouvernement dont ïil dispose, l'armée, la diplomatie, l'administration, quel profit pour l'empire que cette direction unique et forte. |l y à eu de tels souverains à Byzance, et plus qu'on ne croit: peu d'Etats dans l’histoire ont connu une plus belle succession de princes remarquables. Et c’est pourquoi il a suffi longtemps d'un empereur qui fût un chef pour que la fortune sourît à Ja monarchie byzantine.

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