Ainsi s'exprime dans ses poèmes Jean Géomètre
L'ARMÉE DES FRONTIÈRES ET LA DÉFENSE DU TERRITOIRE. — A côté de l’armée mobile, qui fait campagne en force, l'armée des frontières était un autre élément de ja puissance byzantine.
Pour organiser efficacement la protection du territoire de l’empire, de bonne heure les Byzantins, reprenant une institution militaire de Rome, organisèrent le long de la frontière de véritables confins militaires (limites) et groupèrent, sous la direction d'un petit nombre d'officiers généraux (magistri militum), l'ensemble des forces auxquelles était confiée la défense de la monarchie. À mesure que s’accrurent les périls de l'empire, cette institution militaire devint la base même de l'organisation administrative : contre les Lombards et les Berbères en Occident, contre les Perses, les Arabes, les Bulgares en Orient, on créa les thèmes, dont le chef fut un militaire, le stratège, réunissant les pouvoirs civils et militaires. Parmi ces thèmes, ceux qui bordaient la frontière (&xplrixz) avaient une particulière importance ; et des troupes spéciales y furent cantonnées qui, en échange du service militaire, reçurent des terres où is s’installaient avec leur famille, soldats et colons tout ensemble, et qui s’appelèrent les soldats de la frontière (limitanei, acrites). Leur rôle essentiel fut d'occuper Îles postes fortifiés, les châteaux, les citadelles dont toute la région fut couverte. Rome jadis s'était contentée d'organiser la défense immédiate des confins. Byzance multiplia les lignes de forteresses, qui formaient les unes derrière les autres des barrières successives et offrarent en.cas d’invasion un asile aux populations. Ainsi, tout le pays se hérisse de citadelles, fermant toutes les routes, commandant tous les points stratégiques, barrant les défilés (xAswotpa). surveillant toute la région : parfois même des murs continus — tel le mur d'Anastase en avant de Constantinople —
furent jetés sur une vaste étendue de territoire : forteresses puissantes, construites avec un art savant, et où se brisa longtemps l'élan de l'invasion. Ce fut, on le sait, une des gloires de Justinien, d'avoir, des steppes du Hodna et de la Tunisie aux rivages de l’Euphrate, des monts d’Arménie aux bords du Danube, créé un réseau serré de castella, par lesquels, dit Procope, il a véritablement « sauvé la monarchie ». « Voulant, écrit l'historien, couvrir la frontière du Danube, Justinien borda le fleuve de nombreuses forte resses et installa tout le long du rivage des postes, pour empêcher les barbares de tenter le passage. Mais, après la construction de ces ouvrages, sachant toute la fragilité des espérances humaines, il fit réflexion que, si les ennemis réussissaient à franchir cet obstacle, ils trouveraient des populations absolument sans défense et qu'ils pourraient sans peine réduire les personnes en esclavage et piller les propriétés. Il ne se contenta donc point de leur assurer au moyen des citadelles du fleuve une sécurité générale ; mais il multiplia dans tout le plat pays les fortifications, de telle sorte que chaque propriété agricole se trouva transformée en un château fort ou voisine d'un poste fortifié". » Le même système subsistera à travers les siècles. Les monts du Taurus, la région de l'Euphrate, l'Arménie, furent, comme la péninsule des Balkans, couverts de citadelles : au x siècle, en Asie, «tout n'était que forteresses * » Aujourd'hui encore, en beaucoup d'endroits, en Afrique surtout, on retrouve les restes de ces robustes citadelles ; et
rien n'atteste de façon plus visible l'effort militaire et la force de l'empire.
LA GUERRE AUX FRONTIÈRES. — Ftablis dans ces forteresses et appuyés sur elles, les soldats des frontières, dans les confins militaires, véritables « marches » qu'ils occupent, surveillent l'ennemi, repoussent les invasions, défendent le territoire, faisant une guerre tout ensemble défensive et