HI
LES DANGERS DE LA DIPLOMATIE IMPÉRIALE. — On ne saurait cependant dissimuler que cette politique, à côté des services qu'elle a rendus, avait ses
A force de montrer aux barbares les richesses de l empire, à force de leur accorder trop libéralement des subsides, on rendit leurs convoitises insatiables. Ayant reçu, ils reve naient pour demander davantage, et ils revenaient en solliciteurs plus exigeants. « Une fois qu'ils avaient goûté des richesses de Byzance, écrivait Procope au vr siècle, il était impossible de les en détacher et de leur en faire oublier le chemin.» Les historiens de Justinien ont sévèrement critiqué ces pratiques de la diplomatie qui consistaient à prodiguer l'argent aux barbares, à les accueillir trop complaisamment, à leur donner confiance en eux-mêmes, tout
en épuisant le trésor de l'empire. Plus tard, ces convoitises qu'allumaient la splendeur de Constantinople, la prospérité de l'empire, l'ostentation du luxe impérial, persistèrent sous des formes, moins brutales peut-être, mais tout aussi dangereuses. Et le jour où on s'aperçut qu'à cette richesse, à ce faste ne correspondait plus la force militaire nécessaire pour les défendre, le sort de l'empire se trouva gravement compromis.
Et voici une autre conséquence de cette politique. En méprisant trop visiblement ces étrangers qu'elle tenait tous pour des barbares, en voyant en eux des mercenaires prêts à se vendre ou des clients prêts à se laisser acheter, Byzance froissa cruellement bien des amours-propres. On connaît l'histoire de ce baron français de la première croisade qui, à une audience solennelle, disait insolemment, en voyant l'empereur assis sur son trône: « En voilà un rustre, qui reste assis lorsque tant de grands capitaines sont debout. » Ce féodal grincheux manquait évidemment de monde et n'avait pas l'habitude des cours. Mais d’autres amourspropres se blessaient avec plus de raison. Le basileus byzantin a toujours réclamé pour lui seul le titre impérial et il accordait tout au plus aux autres souverains le titre plus modeste de roi. En conséquence, Byzance a refusé longtemps l'appellation d’empereur à Charlemagne, comme plus tard elle la refusera à Otton le Grand et à Frédéric Barberousse, et la cour byzantine n’a voulu recevoir un Conrad fIl.de Germanie et un Louis VII de France que selon les rites surannés d’une étiquette trop dédaigneuse. On conçoit que cette hauteur orgueilleuse ait fait bien des mécontentements et que ces froissements d'amour-propre n'aient point augmenté les sympathies pour Byzance.
Convoitises imprudemment excitées, orgueils maladroitement blessés, ce furent quelques-uns des inconvénients qu'entraînaient les pratiques de la diplomatie byzantine : et par là, elle n’a pas été étrangère à la ruine de l'empire. Mais, auparavant, elle fut longtemps, par sa souple habileté, une des forces de la monarchie.