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L'ŒUVRE DE L'ADMINISTRATION BYZANTINE. — Il faut voir maintenant quelle tâche le gouvernement prescrit à cette administration.
LA QUESTION FINANCIÈRE. — Ce fut toujours, à toutes les époques de son histoire, un grand problème et un grave souci pour l'empire grec de résoudre la question financière. Les dépenses étaient lourdes : l'entretien de l’armée et les guerres incessantes, les pratiques ruineuses de la diplomatie, la prodigalité du luxe impérial, la magnificence des constructions, tout cela coûtait très cher, et Byzance eut souvent une peine extrême à équilibrer son budget. Aussi les impôts, calqués d'ailleurs pendant longtemps sur le modèle de l'administration romaine, étaient nombreux et lourds, impôt personnel (capitatio), impôt foncier, impôt sur la propriété bâtie, contributions en nature, prestations de toutes sortes, sans parler des impôts indirects : tout un ensemble, d'autant plus lourd et vexatoire que des immunités nombreuses existaient, par exemple pour les biens d'Eglise et les fiefs militaires, et que les contribuables, organisés en groupes cadastraux et fiscaux, étaient soumis à une responsabilité collective, entraînant l'obligation pour les propriétaires de terres cultivées et fertiles de payer pour les terres stériles et abandonnées (émBoar) et pour les gens solvables, de payer pour les défaillants (allelengyon). Ajoutez à cela le poids des vexations innombrables, soit du fait des agents de l'administration qui, ayant acheté leur charge — la vénalité des charges était la règle — en rattrapaient le montant sur Îles sujets, soit du fait des riches opprimant les pauvres, et enfin que, pour remplir le trésor toujours à court, sans cesse il fallait inventer des impôts nouveaux : Car « sans argent, disait un empereur, la chose publique ne peut être sauvée ». On conçoit qu’un des traits les plus caractéristiques de l'empire byzantin soit le perpétuel besoin d'argent, la disproportion trop grande entre les moyens financiers et les desseins grandioses de la politique.
Le recouvrement des impôts était donc le premier devoir que l’empereur prescrivait à l'administration. « Augmenter les revenus du fisc, mettre tout leur souci à défendre ses intérêts », c'était la règle de conduite essentielle que Justinien proposait à ses fonctionnaires. Pourtant les empereurs n'entendaient point que ce fût au détriment des sujets.
Tous ont eu la préoccupation de les protéger contre les vexations inutiles, le désir de concilier leurs intérêts particuliers avec leurs obligations publiques, de leur épargner « toute charge et tout ennui, à l'exception du cens dû à l'Etat et de l'impôt juste et légitime ». Aussi une phrase revient-<lle sans cesse dans les instructions que ke gouvernement donne à ses agents: on veut qu'ils soient SCrupuleusement honnêtes, qu'ils aient «les mains pures» — Justinien parle ainsi, aussi bien que Basile F —, qu'ils mettent leur sollicitude, comme ils en prêtent le serment, à gouverner «sans dol et sans fraude », protégeant les sujets contre les vexations des employés subalternes aussi bien que contre les usurpations et les violences des soldats et des riches, maintenant dans les provinces l'ordre, la sécurité et la paix. À cet effet, et pour ôter à cette administration tout prétexte d'exploiter Îles contribuables, des traitements élevés étaient alloués aux fonctionnaires, et ils furent souvent considérablement accrus. À cet effet, on faisait un choix attentif des personnes employées dans l'administration, et une surveillance constante était exercée sur elles par l'empereur, de telle sorte que, comme l'écrit Constantin VII dans la Vie de Basile I", « les pauvres, autrefois écrasés, pussent reprendre vie, chacun cultivant son champ et recueillant les fruits de sa vigne, sans que personne tentât de lui ravir l'olivier et le figuier qui lui venaient de ses pères : et chacun se reposait dans l’ombre coutumière des arbres qui formaient son héritage ».
Il est à peine besoin de dire que cet idéal fut rarement atteint. Quand il fallait de l'argent, le gouvernement fermait volontiers les yeux sur les moyens qui servaient À l'obtenir ; et pourvu que l'Etat trouvât les ressources nécessaires, il se montrait indulgent aux exactions et à la corruption des fonctionnaires, et s'inquiétait peu de la dureté avec laquelle les plus honnêtes même percevaient l'impôt. Cela est vrai du vr siècle aussi bien que du x° ou du x1r° ; et les historiens sont pleins du récit des misères qu'infligeaient. aux populations les rigueurs des gens du fisc, à ce point, dit un écrivain du vr siècle, que « l'empereur semblait plus redou-
table que les barbares ». Mais si la perception des impôts fut toujours le grand souci de l'administration byzantine, il faut accorder, pour être juste, que ses efforts furent souvent couronnés de succès — toute réserve faite sur les moyens employés. Au commencement du xr siècle, l'ensemble des revenus de l'empire s'élevait à environ 650 millions, qui équivaudraient aujourd'hui à plus de trois milliards. À la mort de Basile II, il y avait en caisse un excédent de 220 millions, plus d'un milliard de notre monnaie. Malgré le poids des dépenses, les ressources de l'empire étaient donc réelles, et la savante organisation de l'administration donnait, malgré sa dureté et ses défauts, des résultats incontestables.
L'UNITÉ NATIONALE. — Une autre tâche, bien autrement importante, était proposée à l'administration byzantine.
L'empire byzantin, à le bien considérer, n'avait ni unité de race, ni unité de langue. C'était, comme on l'a justement remarqué, « une création tout artificielle, pouvernant vingt nationalités différentes et les réunissant dans cette formule : un sul maître, une seule foi '». Assurément, depuis que les événements avaient fait perdre à l'empire et Ç'avait été en un sens une bonne fortune pour lui — la Syrie et l'Egypte, toujours réfractaires à l'hellénisme et sans cesse agitées de velléités séparatistes, depuis qu'un peu plus tard presque tout l'Occident latin s'était pareillement détaché de la monarchie, les populations de lanpue precque avaient pris dans l'empire plus ramassé une place prépondérante : en Asie Mineure, à Constantinople, en Thrace et sur tout le pourtour de l’Archipel, un noyau puissant et homogène existait, de race et de culture helléniques. Mais, à cet ékément dominant, se mêlaient bien d'autres éléments ethniques, que les invasions, les immigrations, les transportations de peuples avaient successivement introduits dans l'empire. Dans la partie européenne de la monarchie, on rencontrait des Mardaïtes, d'origine syrienne, qu'un empereur du