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II

LES CONSÉQUENCES DE L’ANARCHIE POLITIQUE. — [1 est aisé d'imaginer les conséquences de semblables mœurs politiques.

En face de cette constante menace de révolution, en face de ces complots, de ces insurrections, de ces intrigues, le pouvoir impérial, si fort qu'il apparaisse, est peu solide en réalité. Sans doute le gouvernement a réussi à déjouer bien des conspirations, à écraser bien des émeutes, à triompher de bien des soulèvements, et il à, avec une cruauté impitoyable, puni les atteintes portées À son autorité. Mais à côté des tentatives qui ont échoué, combien ont été heureuses. On à dit justement que la monarchie byzantine est un absolutisme tempéré par l'assassinat. Dans ces condi tions, bien peu d'empereurs sont sûrs du lendemain, au moins pendant la longue période des premiers siècles, où la légitimité dynastique n'était pour ainsi dire pas reconnue. Si Justinien a gouverné l'empire pendant près d’un demisiècle, au nom de son oncle Justin d'abord et en son propre nom, c'est là un règne d'une durée exceptionnelle, dont on ne retrouve, entre le v° et le 1x° siècle, que bien rarement d'autres exemples, avec Héraclius (31 ans) et Constantin V (35 ans). Assurément Basile Il a régné effectivement pendant 49 ans (c'est le plus long règne de l'histoire byzantine), et les empereurs Comnènes ont occupé le trône respectivement pendant 37, 26 et 37 ans. Mais à ce moment les progrès de la légitimité ont atténué quelque peu — non pas complètement — le danger des révolutions. Et malgré tout, ce péril menace toujours la solidité de l'édifice impérial.

Voici une autre conséquence. Du fait de ces incessants bouleversements, la guerre civile trouble presque constamment l'empire, et le plus souvent au moment précis où le péril du dehors est le plus redoutable. La faiblesse du gouvernement, qui encourage les soulèvements intérieurs, s'ac-

compagne en effet presque toujours de désastres extérieurs, et souvent elle en est le résultat. Mais au lieu de faire front contre l'ennemi national, les fauteurs de révolutions ne se font guère scrupule de profiter des circonstances pour assurer le succès de leurs ambitions. Sans doute, il est arrivé plus d’une fois que, dans ces crises où l'empire semblait devoir périr, de l'excès même du mal et de l'anarchie un sauveur soit sorti; c’est le cas de Léon l'Isaurien, de Basile [®, d'Alexis Comnène. Mais un fait n'en demeure pas moins d'une singulière gravité pour la monarchie : la guerre civile ouvre la porte à l'ennemi, auquel chacun des partis fait appel — pour le plus grand détriment de l'empire. Dans la seconde moitié du xr siècle, Petchenègues et Turcs interviennent dans les querelles intestines de Byzance et soutiennent contre le souverain légitime tous les prétendants au trône. C'est bien pis au xv° siècle. Dans la guerre interminable qu'Andronic ke jeune fit à son grand-père Andronic II, dans le conflit qui mit aux prises durant tant d'années Jean Cantacuzène et Jean Paléologue, les adversaires font semblablement appel aux Bulgares, aux Serbes, aux Turcs, à tous les ennemis de l'empire. Byzance a étrangement souffert de ces pratiques. Le pouvoir impérial sans cesse ébranlé par la révolution, la monarchie sans cesse troublée par la guerre civile, l'empire livré par ceux qui auraient dû k défendre à ceux-là mêmes qui rêvaient et préparaient sa ruine : tels ont été quelques-uns des effets de cette démoralisation politique profonde, cause permanente, essentielle, de la faiblesse de Byzance.

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