DE L'APOGÉE DE L'EMPIRE A SA CHUTE
L'APOGÉE DE L’EMPIRE SOUS LA DYNASTIE DE MACÉDOINE (867-1081). — De 867 à 1025, l'empire byzantin a connu cent cinquante ans d'une incomparable splendeur. Pendant un siècle et derni, il a eu à sa tête une succession de souverains qui, presque tous, ont été des hommes remarquables. Basile 1°, le fondateur de |a dynastie, Nicéphore Phocas et Jean Tzimiscès, usurpateurs glorieux qui gouvernèrent sous le nom des princes légitimes, Basile Il enfin, qui régna tout un demi-siècle, de 976 à 1025, n'ont point été des empereurs de Byzance tels qu'on se plaît trop volontiers à les représenter. Ce sont des âmes énergiques et dures, sans scrupules souvent et sans pitié, des volontés autoritaires et fortes, plus soucieuses de se faire craindre que de se faire aimer ; mais ce sont des hommes d'Etat, passionnés pour la grandeur de l'empire, des chefs de guerre illustres, dont la vie se passe dans les camps, parmi les soldats en qui ils voient et aiment la source de la puissance de la monarchie; ce sont des administrateurs habiles, d'une énergie tenace et inflexible, et que rien ne fait hésiter quand il s’agit d'assurer le bien public. Ils n’ont point le goût des dépenses inutiles, uniquement préoccupés d'accroître la richesse nationale :
le faste éclatant du palais, la pompe vaine des cortèges et des cérémonies ne les intéressent qu'autant qu’ils servent leur politique et entretiennent le prestige du souverain. Jaloux de leur autorité, ils n’ont point — ceux-là du moins que j'ai nommés — de favoris: leurs conseillers sont le plus souvent des hommes obscurs qu'ils emploient et dont ils demeurent les maîtres. Epris de gloire, le cœur plein des ambitions les plus hautes, ils ont voulu faire de l'empire byzantin la grande puissance du monde oriental, champion tout ensemble de l'hellénisme et de l'orthodoxie; et par l'effort magnifique de leurs armes, par la souple habileté de leur diplomatie, par la vigueur de leur gouvernement, ils ont réalisé leur rêve.
Depuis la fin du rx° siècle, et davantage encore à partir du premier tiers du x°, hardiment, sur toutes ses frontières, l'empire reprend l'offensive. En Asie, les Arabes reculent de la ligne de l’Halys jusqu'au delà de l’Euphrate, les armées impériales parcourent victorieuses la Cilicie, la Syrie, la Palestine, et Jean Tzimiscès pousse ses escadrons jusqu'aux portes de Jérusalem. En Europe, le puissant empire bulgare, dont les grands tsars Syméon et Samuel avaient fait dans les Balkans le rival redoutable de Byzance, s'écroule dans le sang sous les coups de Basile Il, à qui la reconnaissance de ses sujets a décerné le surnom tragique de « Bulgaroctone », le massacreur de Bulgares. Contre les ravages des corsaires musulmans, les flottes byzantines font de nourveau la police des mers. Jusque dans l'Italie lointaine, la tradition toujours vivace des vieilles ambitions romaines réveille les prétentions jamais oubliées, et, en face des Césars du Saint-Empire romain germanique, les basileis byzantins, orgueilleusement, maintiennent les droits et le prestige de leur majesté séculaire.
Avec une extension qu'on ne lui avait plus connue depuis les temps lointains de Justinien, l'empire règne de la Syrie au Danube, de l’Arménie annexée à l'Italie du sud reconquise. Et tout autour de lui, son habile diplomatie groupe un cortège de vassaux, Italiens et Slaves, Arméniens et Caucasiens, par qui l'influence de Byzance se propage lar-