DE L’APOGÉE DE L’EMPIRE A SA CHUTE
gement à travers le monde. Comme Rome autrefois, Byzance est la grande éducatrice des barbares : Croates, Serbes, Bulgares, Russes lui doivent leur religion, leur langue littéraire, leur art et les formes de leur gouvernement ; au rayonnement de la civilisation byzantine, tous se sont adoucis, apprivoisés, instruits. Au temps des empereurs de la maison de Macédoine, Constantinople est vraiment la cité reine, où se concentrent toutes les élégances, tous les raffinements du luxe et de l'art, les plaisirs délicats de l'esprit et les chefs-d’œuvre d'une industrie savante, les merveilles de l'architecture et les amusements du cirque et du théâtre; c'est le « Paris du moyen âge », dont ja richesse et la splendeur excitent, dans tout le monde barbare, la convoitise et l'admiration. Dans l'empire enfin, progressivement, sous la main de princes énergiques, l’ordre et la sécurité se rétablissent, gages de la prospérité ; l'édifice du pouvoir absolu se consolide ; et dans la monarchie orientale reconstituée, les empereurs de la maison de Macédoine ambitionnent, comme jadis Justinien, la double gloire de législateurs et d’administrateurs. Quand Basile 1] mourut en 1025, l'empire byzantin était à l'apogée de la puissance, de la prospérité, de la gloire. Son territoire avait été plus que doublé. L'orgueil des grands barons féodaux était abattu. Le trésor renfermait une réserve de plus d'un milliard. Et, dans tout l'Orient, la monarchie était environnée d'un prestige éclatant.
Pour maintenir ce prestige et cette puissance, il eût suffi de princes énergiques, continuant les traditions d’une politique habile et forte. Malheureusement, on eut des gouvernements de femmes ou de souverains médiocres et négligents. Et ce fut le point de départ d'une nouvelle crise. Sous des empereurs plus faibles, l'aristocratie abattue releva la tête ; et par crainte des soulèvements militaires, on laissa s'énerver la puissance de l'armée. On eut un gouvernement civil, de bureaucrates ou d'intellectuels : et bientôt ce fut l'anarchie. Anarchie dangereuse, car au dehors montaient à l'horizon deux périls graves, les Normands en Occident, les Turcs Seldjoucides en Orient. Ce n'est pas que
ces ennemis fussent plus redoutables que tant d'autres que Byzance avait autrefois vaincus ; comme tant d'autres, Byzance aurait pu les helléniser, les soumettre à son nmfluence, en faire ses vassaux. Mais l'empire maintenant était plus faible. Ajoutez le schisme, la rupture définitive avec l'Eglise romaine, qui fut une autre cause de troubles. Les Byzantins semblaient n'en prendre nul souci. Intrigues de cour et guerres civiles, révolutions à Constantinople et anarchie dans les provinces, voilà l'aspect qu'offre la monarchie pendant près de vingt-cinq ans. En 1081, trois empereurs se disputaient le pouvoir, et les Turcs, vainqueurs de Romain FV à la désastreuse journée de Mantzikiert (1071), campaient presque en face de Constantinople. On semblait à la veille de la ruine.
LA RENAISSANCE DE L'EMPIRE SOUS LES COMNÈNES (rO8I- 1204). — Et pourtant, une fois encore, l'empire connut une restauration inattendue. Ce fut l'œuvre de [a dynastie des Comnènes (1081-1185). Comme les Capétiens en France, les Comnènes étaient une grande famille féodale, et leur avènement semblait marquer le triomphe de la grande aristocratie militaire. Comme les Capétiens, les Comnènes surent reconstituer l'autorité monarchique ébranlée. Quatre princes éminents se succèdent sur le trône : Alexis et Jean, grands généraux, administrateurs habiles, diplomates ingénieux ; Manuel, le plus séduisant de la race, tout ensemble brave jusqu'à la témérité et théologien subtil, élégant, fastueux, viveur et lettré, curieux mélange des qualités chevaleresques de l'Occident et de l'esprit traditionnel de Byzance, et qui fut peut-être, sur le trône impérial, le dernier des grands souverains de la monarchie, par les ambitions grandioses qu'il forma comme par l'effort qu'il tenta pour les réaliser; Andronic enfin, le plus intelligent