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L'EMPIRE SOUS LES PALÉOLOGUES (1261-1463). — L'événement de 1204 fut, pour l'empire byzantin, le coup dont jamais plus il ne se releva. Sans doute, l'empire latin de Constantinople fut éphémère et dès 1261 les Grecs rentraient dans leur capitale. Mais une multitude d'Etats latins subsistaient en Orient. Vénitiens et Génois y agissaient en maîtres, et sans cesse l'Occident tournait des regards ambïtieux vers Byzance. Assurément aussi, la catastrophe de 1204 avait un moment réveillé chez les Grecs le sentiment national, dont les empereurs de Nicée (1204-1261) furent les représentants les plus illustres. Cependant, la dynastie des Paléologues, en reprenant pour deux siècles (1261-1463) possession du trône des basileis, ne régna plus que sur un empire territorialement réduit, financièrement épuisé, et qui se réduira et s'épuisera de jour en jour davantage. En face d'eux, grandissent les Etats chrétiens des Balkans, conscients de leur force, âpres à disputer à Byzance l'hégémonie de la péninsule, le second empire bulgare au xnr siècle, la Serbie d'Etienne Douchan au xIv°. En face d'eux, grandissent les Turcs, maîtres maintenant de l'Asie entière, et dont la capitale est à Brousse, presque aux portes de Constantinople, en attendant qu'ils la transportent en Europe, à Andrinople, vers le milieu du xrv* siècle. Peu importe alors qu'il y ait encore des hommes à Byzance, un Jean Cantacuzène, un Manuel Paléologue, « qui en des temps meilleurs aurait sauvé l'empire, si l'empire avait pu être sauvé ». L'Empire ne pouvait plus être sauvé.
Que l'on considère ce qu'est alors l’état de la monarchie.
Détresse financière, que les Latins aggravent par leur exploitation éhontée. Luttes civiles, où on fait, sans rougir, appel à l'étranger, au Serbe, au Turc. Luttes de classes, riches contre pauvres, aristocrates contre plébéiens, et dont l'âpreté apparaît dans la curieuse, tragique et sanglante histoire de la commune de Thessalonique au xrv° siècle. Luttes religieuses enfin : contre des empereurs politiques, désireux de se concilier l'appui de la papauté en négociant l'union des Eglises, le sentiment national grec se révolte, et tout ce qui reste d'énergie s'use dans ces conflits lamentables. Plus d'armée, plus d'argent, plus de patriotisme. L'empire se rétrécit chaque jour: Constantinople cernée par terre ne communique plus que par mer avec les lambeaux qui constituent la monarchie. Le moment est proche où la ville særa à elle seule tout l'empire. Et la chute est désormais irrémédiable.
Et cependant, telle est encore la vitalité de cette civilisation, qu'une suprême renaissance littéraire et artistique pare d'un rayon de gloire mourante l’époque des Paléologues. Les écoles de Constantinople sont toujours florissantes, et des professeurs fameux, philosophes, orateurs, philologues, y semblent les précurseurs des grands humanistes de la Renaissance. Des écrivains de valeur apparaissent, historiens, moralistes, poètes, essayistes, savants même qui n’ont pas rendu à la science moins de services qu'un Roger Bacon en Occident. L'art byzantin se rallume une fois encore au contact ou du moins à l’'émulation de l'Italie, art vivant, pittoresque, tour à tour ému, dramatique ou charmant. Trébizonde, Mistra, l’Athos sont les centres principaux de cette renaissance, à côté de Constantinople : et encore une fois, par là, l'influence de Byzance s'étend sur tout le monde oriental, chez les Serbes, chez les Russes, chez les Roumains.
Le 29 mai 146%, Constantinople était prise par les Turcs ; le dernier empereur tombait en héros, l'épée à la main, sur la brèche de sa capitale forcée. Mais n'est-ce pas une chose remarquable qu'à la veille de la chute, l'hellénisme ait rassemblé, pour jeter un dernier éclat, toutes ses énergies