‹ Byzance, grandeur et décadence; l'évolution de l'histoire byzantine, les causes de la grandeur de Byzance, le causes de sa décadence, la civilisation byzantine et son influence, l'heritage de ByzanceChapitre 21 sur 41 · LES ÉLÉMENTS DE FAIBLESSE · texte numérisé non relu

LES ÉLÉMENTS DE FAIBLESSE

lequel la monarchie fut gravement affaiblie et troublée. C'est le péril religieux ensuite, conséquence des rapports qui unissaient l'Etat et l'Eglise dans l'empire d'Orient, et qui s'est traduit au ix^ siècle par l'effort tenté par l'Eglise pour secouer la tutelle de l'Etat et conquérir sa liberté, qui s'est manifesté en d'autres temps par les ambitions des patriarches et le schisme qui, au ix« comme au xi® siècle, en fut la conséquence, qui à bien des époques enfin, au rm', au x% au xiv= siècle, s'est exprimé par le développement excessif du monachisme et l'agitation entretenue par les moines. Et c'est encore l'outrance de l'impérialisme byzantin, nourrissant des rêves grandioses et démesurés, sans proportion avec la réalité des ressources de l'empire, et qui tantôt, avec Justinien, avec Basile I", avec Manuel Coranène, tourne, tout plein de la tradition et du souvenir de Rome, ses ambitions vers l'Italie et le monde occidental, et tantôt, en Orient, s'épuise à conquérir l'hégémonie balkanique, en d'interminables luttes contre l'empire bulgare ou contre la Serbie des Némanyides.

De ces causes diverses, de graves conséquences sortiront. Les difficultés financières croissantes, la décadence du commerce byzantin à partir du XII® siècle produisent une misère économique grandissante. L'affaiblissement de la puissance militaire y correspond : les pertes territoriales réduisent l'étendue de Tempire; lentement, progressivement, la monarchie s'émiette. A l'Asie presque perdue à la fin du xi^ siècle succède à partir du xin« siècle le démembrement de la partie européenne de l'empire. Economiquement épuisée, diminuée territorialement, militairement affaiblie, Byzance est mûre pour la chute inévitable.

Une dernière cause s'ajoute pour sa perte. Peutôtre l'intervention de l'Occident aurait pu sauver l'empire à la veille de la ruine. L'Occident, au con-

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traire, fut hostile à Byzance irréductiblement, soit pour des raisons religieuses qui dressèrent la papauté contre l'empire, soit pour des raisons politiques et économiques qui incitèrent les Latins à conquérir ou à exploiter le monde oriental, soit pour des raisons morales qui, du contact produit par les Croisades, ne firent sortir que des méfiances et des haines. Pour tout cela, Byzance succomba. Et ce sont ces raisons multiples et diverses qu'il faut essayer maintenant d'analyser avec précision.

Les causas de l'anarchie politique. — Les formes de l'anarchie politique. — Les révolutions populaires. — Les révolutions par l'Eglise. — Les révolutions militaires. — Les conséquences de l'anarchie politique.

Les causes de l'anarchie politique. — L'empire byzantin, comme l'empire romain, souffrit pendant longtemps d'un vice constitutionnel fort grave, l'absence d'une loi de succession réglant la' transmission régulière du trône, et c'est assez tard qu'il prit l'idée de la légitimité dynastique. Dans cette monarchie d'apparence absolue, existait en effet un principe tout à fait démocratique : comme il n'y avait point à Byzance de sang royal, de famille dont de longs siècles de possession eussent consacré les droits au pouvoir, n'importe qui pouvait aspirer au trône; « tout le monde avait l'étoffe d'un empereur » *. Parmi les promesses que faisaient les devins et les tireurs d'horoscope, une des plus habituelles était la promesse du rang suprême : comme Macbeth sur la lande, tout Byzantin a, une fois au moins, rencontré sur sa roule celui qui lui a dit : Tu seras roi. L'his-

1. « La fortune, dit Montesquieu, ayant pris des empereurs dans toutes les conditions, il n'y avait pas de naissance assez basse ni de mérite si mince qui pût ôter l'espérance. »

toire byzantine est pleine de ces prédictions : et comme elle est pleine aussi de leur réalisation et de l'élévation au trône de parvenus innombrables — un Justin, grossier paysan de Macédoine, un Phocas, simple centurion, un Léon l'Isaurien, qui avait débuté dans la vie comme un pauvre artisan, un Basile I", paysan encore d'origine arménienne, et combien d'autres — le succès de ceux qui avaient réussi encourageait toutes les espérances. La « maladie de la pourpre » était devenue à Byzance un mal endémique et redoutable. Et la cruauté effroyable des supplices par lesquels on tâchait de réprimer l'audace de ces chercheurs d'empire n'y faisait rien. « Les ly)rreurs dont le Forum Amastrianum ou dont Tllippodrome étaient le théâtre n'étaient un enseignement pour personne. Tout ce qu'en concluaient les conspirateurs, c'est qu'il fallait traiter de la même façon le prince régnant et sa famille, quand on les aurait détrônés'. »

Parmi les forces qui, on l'a vu, limitaient en une certaine mesure l'autorité impériale, plusieurs étaient assez puissantes pour servir ces ambitions. Le peuple de la capitale, frondeur, agité, tumultueux, toujours prêt à l'émeute, à la guerre des rues, à la révolution, élait aussi capable de renverser que de faire un empereur. L'Eglise, par sa puissance morale, pouvait soulever contre le trône des tempêtes redoutables, et l'appui du patriarche était une carte maîtresse dans le jeu de tout prétendant. L'armée enfin et surtout était l'arbitre suprême : c'est dans les camps qu'ont été proclamés la plupart des usurpateurs, et c'est le dévouement de leurs soldats qui a fait la fortune de tant de généraux devenus empereurs.

Entre ces ambitions et ces forces prêtes à les soutenir, nul empereur n'était en sûreté, et le pouvoir

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