‹ ByzanceChapitre 2 sur 11 · IV JEAN LOMBARD · texte numérisé non relu

IV JEAN LOMBARD

Il était ivre d'action.

Simple ouvrier bijoutier, il se jeta dans la politique. Emu par les souffrances prolétaires, par le rêve d'une humanité meilleure, il composa son poème d'Adel, la Révolte future, en même temps qu'il proclamait, dans des réunions publiques, les revendications de ses frères du peuple. Socialiste teinté d'anarchie, un des membres les plus en vue du premier congrès ouvrier tenu à Marseille, tout en prêchant la révolution par la parole et par la plume, il brassait toutes sortes de travaux littéraires.

Il créait de jeunes journaux, la Sève, dans la curieuse échoppe de sa librairie, sur la pente rapide de la rue Bernex, il patronnait le Portique, il collaborait à la Ligue du Midi, y publiait le début d'un roman inachevé : Cinqualhre,

Romans, vers, articles biographiques, compilations de librairie, Lombard, à qui la vie était lourde, ne reculait devant rien, peinait allègrement dans sa carrière de forçat de lettres, trouvait, entre deux travaux mercenaires, le temps d'écrire ces vastes romans : V Agonie et Byzance!

Nul homme n'eut plus de courage et de fierté, nul ne se colleta plus héroïquement avec la vie. Pauvre, son labeur fut indomptable. Obscur, pour percer, il souleva des montagnes. Ignorant, il en apprit plus que les érudits afin de composer des livres d'une puissance et d'une originalité rares. D'autres en diront les défauts : une certaine impureté, qu'il ne faut pas confondre avec robscénité,car elle tenait au souci de l'artiste de peindre vrai une époque foncièrement dépravée; puis, dans la phrase, un abus des néologismes, des tournures barbares; mais là encore l'auteur eût pu prétendre qu'il voulait, par un style de décadence, donner une idée plus exacte et plus complète des époques qu'il retraçait.

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