JEAN LOMBARD V
Laissons aux critiques leur métier ; chacun le sien. Nous sommes des compagnons de Lombard, nous savons ce que représentent de labeur, d'énergie, de conscience, des travaux comme les siens; nous ne le jugerons que sur ses qualités.
Elles sont étonnantes, chez cet écrivain pétri du limon plébéien, grandi sans écoles, sans maîtres, sans autre influence première que celle d'un brave poèteforgeron, Justinien Béraud, apôtre humanitaire, mort à quarante ans — après une admirable vie d'humilité chrétienne — oui, si étonnantes, ces qualités, qu'on se sent étreint d'un amer regret en songeant quelles œuvres nous aurait données Lombard assagi, croissant chaque jour en progrès, fortifié par l'indépendance et le succès !
Ce qu'il a laissé est considérable et s'éparpille, non signé ou sous pseudonymes, dans une quantité de publications. En laissant même à part un livre intéressant. Un volontaire de g 2 (Vie du général Mireur), il reste quatre manifestations curieuses ou décisives du talent de Lombard : un ^ohiweyAdel, la Révolte future; les deux fresques monumentales, les saisissants poèmes en prose de Byzance et de V Agonie; enfin. Lois Majourès, un roman de mœurs politiques du Midi.
Les aspirations hautes, les tendances révolutionnaires du publiciste Lois Majourès, ses déboires intimes, ses infortunes conjugales et le nouvel amour qui le console, remplissent ce livre observé, à la fois triste et satirique. Il fut écrit bien avant les autres. Le tempérament de Lombanl s'y annonce déjà par deux larges peintures d'ensemble : les élections en province, et l'entreprise d'un phalanstère paysan. Les compai^ses, nombreux et variés, s'y agitent avec une vérité qui donne bien l'illusion de la vie. Néanmoins, nous préférons à ce roman, pourtant si sincère, les œuvres