VIII JEAN LOMBARD
convaincra à la lecture, c'est le don de voir, un surprenant don de vision : qu'il s'agisse de foules se précipitant en mêlées furieuses, qu'il s'agisse d'individus surpris dans le plus humble ou le plus héroïque de leurs actes, c'est toujours avec une netteté de détail, une couleur et une intensité qui étonnent. Jean Lombard est un peintre. Décorateur pour vastes ensembles, il évoque de sa plume, j'allais dire de son pinceau, les masses compactes et les fait évoluer avec une souplesse robuste; en son cerveau s'agitait l'humanité avec ses fureurs, ses joies, ses fauves amours, ses rêves d'or et ses délires de sang. Prosateur épique, il voyait, il sentait naturellement grand.
Les livres ont leur destin, dit le proverbe latin. Souhaitons que ce destin, plus clément envers les œuvres durables qu'il ne le fut envers leurs auteurs périssables, répare une véritable injustice. De singu-. lières fortunes emportent parfois dans un fracas de gloire des livres médiocres; puis ils disparaissent et l'on s'étonne qu'on en ait tant parlé. La grosse rumeur de la mode peut étouffer momentanément la voix d'un génie obscur, mais cette voix persistante finit toujours par se faire entendre de ceux qui lui prêtent une oreille même distraite, car elle a, du fond de la tombe, une force secrète et une persuasion irrésistible.
Paul Margueritte.
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