‹ C. de Feuillide. L'Algérie francaiseChapitre 3 sur 12 · SOX PASSÉ, SON AVENIR · texte numérisé non relu

SOX PASSÉ, SON AVENIR

Objet et esprit de ce livre. — De l'écart et du contre -poids des |K)pulations. — Les Romains, les Normands, les Francs, les Anglais. — Loi fatale des colonisations. — t Qu'est devenu le million de Français passés en Afri(jue?

Après les émotions du retour dans la patrie retrouvée, on éprouve un charme secret à revenir par la mémoire dans le pays où, par Texil, on avait été condamné à vivre.

Si ce pays est devenu une terre française ; si son climat vous a épargné ; si vous y avez été comme adopté dans des familles qui auraient voulu vous consoler — mais rien n'en peut consoler — des tristesses dont sont accompagnées les chères images de la famille, de la patrie et des amitiés absentes ; si vous y avez laissé des compagnons d'infortune , des amis , les uns debout encore, les autres couchés dans la tombe,

L'ALGÉRIE FBA.NCAISE.

vous âent€2qu&ce pays vous est cher, que vou»vouft éliez pris à l'aimer codiidë Silvio Pellico aimait lai petite Heur poussée daos l'interstice des pîerreâ nvn la fenôtre de sa prisoD. A

Si, dans VOS rèvea de civilisation, voua déptorea que cette lerr ~ isque de gratter àilasiiê^l

face pour qu' Jtes les cultures de VoM

mentation de: n des matières premièrtH)

de l'industrie ns sa plus grande supwj»

ficie, abando suiUes et aux marais oN,

vivent les cli les et les panthùresï si

elle vous semi iesseins de Dieu , avoù}

été conquise, an eeuii dessiècles démocratiqu(!S, pour, aider à résoudre le problème du bien-^tra physiqoet et moral du plus grand nombre par le travail, vous voudriez la faire connaître, la faire aimer, l'aider, l'encourager à se relever de tout ce qui , si longtemps, l'a ebtravée daus sa marche , stérilisée dans sa fécon*; dite} de ce qui a éloigné d'elle les désbérités de 1» mère patrie, les chercheurs audacieux de forluite)i pour lesquels il n'y a pas toujours de place en Sutn rope, au milieu des encoDabrements des vieiUesi

De plus, s'il y a là une race conquise , que sa relinl gion, ses mœurs, son fractiounement en tribusy.ifesl institutions presque féodales, les exterminations' e^i les refoulements de guerres et de conquêtes «ucom^i sives, ont en quelque sorte rivée à une éppquedai taupe d'arrêt et de recul dans son histoire ^ ^ê^

son 4ttdôp€W)âD0ii(éi, n'ayant à en médire aoénn

Mitéiiètiide convoitise ou de saprématie, voas avez

reconoa qqe lOètte race n'est pas, autant qu'on vent

le croire, antipathique aux lois, aux mœurs /aux

religioni^, aux progrès , en toutes choses ^ des peuples

chrétiens ; qu'il y a en elle des traditions d'une civi-^

lisation- ancienne , des aptitudes à une civilisation

plus avancée y des aspirations contenues vers tous les

affranchissements de l'homme et de la société que

Dieu a mis au cc^r de toute race humaine, vous

vous demandez avec sincérité si , par la coexistence,

par renchevétrement et la fusion du peuple conquis

avec les populations conquérantes, il n'y a point là,

pour un avenir inconnu, les éléments d'un peuple

nomveau , d'une société nouvelle, et, disons le mot,

d'une sorte de mariage entre l'Orient et TOccidenl.

Qn'alors la voix amie du publiciste, initiateur de

tous les progrès qui constituent le progrès humain et

social dans la France et dans le monde, vous inter*

roge sur ce que vous avez appris et vu touchant les

causes qui , par le retard apporté au peuplement , au

travail et à là production dans notre conquête , en ont si

longtemps fait une possession lourde et ruineuse pour

la métropole ; sur les moyens d'en assurer à toujours

la pacâtioation , d'en faire dans le monde nouveau ce

(|o'eiie était dans le monde antique, un grenier

d^alxmdanoe) et enfin d'attirer sur ses rivages, qui

odisoatq^'^ deux ou trois journées des côtes de TEU""

itfei^ 11» Arts toujours pressés^ toujours renouv<M6

4 L'AtGÉRre iFnAKC^lSE.

■d'émigraDls, qui, à travers l'Océan, les If^ngo**^ navigations et les naufrages, s'en vont dans les sofinidos dea conlinenta américains cherclier les terres^ le Ira^- -vail , le pain, la fortune que la vieille Europe ne peiït plus leur donner. . .ob ! alors voue vous sentez le désir (?t la volonté do i voix amie et itiiïialrico,

ret d'honorer ■ -s doulouronses passées

loin de la pat ml servir à la caoBO-dù

pays qui voai lier, et dont les inté#êlï

se doivent re plus àax intérêts de la

France. .■.■■■>. ■m ,

Tels sont le il les pensées âtixqo^

j'obéis en écrivant ce livre sur le passé et sur l'avenir de l'Algérie française.

Je n'ai pas la prétention d'avoir tout vu, tout appris; mes horizons étaient bornés par ma position même. J'ai moins encore la prétention de tout dire; cela va de soi aujourd'hui. Mais je crois avoir assez vu, assez appris, et, sur delà sincérité de mes intentions , je crois pouvoir dire assez pour jeter, sur les obstacles que les hommes et les systèmes ont ajoutas en Afrique aux difficultés inséparables d'nn premier établissement, une lumière qui pourrait aider à en dégager l'avenir. ' ' i

En nombre considérable, même d'excellents esprits onl vu et voient encore la grande difKcullé del'Atgérie dans le chiffre élevé des populations oonquiseeet dans les moyens, pour leur faire contre-poids, d'àugttientep le chiffre de la population conquérante.' 'i-:

iPRfiMlERE PARTIE. 5

.^wlA4iMttl1^'<^Mo^ opinion, ce serait reconnaitie d'iiD 4^tôi^pi9f pow conquérir un peuple, il faot une force j|AiQ€ri.<iPio supérieure à celle que ce peuple peut joppfoeer;. d'an: autre eôté que, pour conserver et utiliser une conquête , il faut plus de monde que pour racoomplir.

. lout peu(de n a qu'une certaine portion de forces résistantes ù opposer à une invasion ; quand ces forces .sont détruites ou désarmées, le reste de la nation se courbe , se tait et accepte. Elle ne tarde guère à s'arranger du mieux qu'elle peut pour chercher |iuprès jdqs vainqueurâ la i^tisiaction de ses intérêts comme collectivité et comme individus.

Toute la besogne du peuple conquérant consiste alors en Tune ou l'autre de ces deux politiques, commandées également par la force des choses : ou s'assimiler à la nation conquise, s'il est moins avancé en civilisation, ou se Tassimiler s* il est plus avancé .qu'elle.

. Qu a été le monde romain, sinon la réunion à la .ville éternelle des provinces conquises par le peuple- Troi^ à partir do centre du Laiium jusqu'aux drcoo- : iférences qui s'étendaient vers les extrêmes limites dft 1 Europe, de l'Afrique et de r.\5ie? El avec quelles ^fiorces ftome a-t-elle accompli et maintenu tfsiif: - ogqquéte îomieose où des hoauna», par centaines de MniUÎQ^Si^ portaient son joog ?

.^^nR^iKno^ an pins fort de sa patiéanee militaire, o'a guère.m Mr pied plos de ST^.ûfO Midalt , Krime ne

L'ALGÈRTK FRANÇATSE.

^*c9l doQf jamBÎfi inquit^tée do l'écart du nombre mire les peuples conquis el le peuple conqiM^ranl. Elle ne 'tenait pas à ce que tous ces peuples eussent de romain 6titre chose que le nom, et présefltasâent un aspect uniforme. Elle leur laissait leurs rafcurs, leur lan^tib, leurs dieux in terres, leurs lois pl ww-

tames locales bien que tout cela s'en

irait à la long le soi-même dans l'onilé

de sa force cei ar les avantages mi>ffies

que les indivii en espérer.

Qoi n'a paf repousser l'oppression

ne larde pas, effi a (alculor l'intérêt qu'il y aurait à entrer dans le partage des bénéfices de l'oppression.

Rome ne se fit sentir au monde, et ne le contint, après l'avoir conquis , que par les grandes voiœ sur les hauteurs, les aqueducs, les amphithéâtres, les camps fortifiés, les arcs de triomphe, les agents de son administration fiscale, civile, militaire, les pro- consuls, les généraux, les magistrats, les collecteurs qui annonçaient une autorité unique , une loi générale, auxquelles tout le monde devait obéir, citoyens ou subjugués, peuple conquérant ou nations conquises.

Cela a duré ainsi quelque douze siècles, et il'nW pas besoin de dire avec quel éclat , quelle paissBOtie. Sanslecésarisme, qui développa la corruption, enfatila les guerres civiles, el appela le premier les i3a^bBres au cœur de l'empire, cela durerait peul-éim'flMëre

FBBMIËilE PABTIB.

av^ tel ehriatiaBÎaiDe redevenu païen et agenouillé J9U11C pped^des Césars.

,f JFautrril^ à €e grand exemple, ajouter celui d^ la coaqqéte de l'Angleterre par la poignée de Normands de Guillaume, sans contre*poids numérique avec la race saxonne? Celui des Gaules conquises par les Francs de T armée de Clovis, au nombre de trois mille, sans cûBtre^poids encore avec la race gallo-romaine, qui se comptait par millions? Cela aussi a duré douze ou quatorze siècles ; les peuples qui en sont sortis, en Angleterre comme en France , se sont confondus par la puissance des assimilations mutuelles, et cela dure encore.

Si des temps passés nous en appelons aux temps modernes, ne voyons-nous pas la nation anglaise commander, du fond de sa petite lie, aux quatre coins du monde, à une centaine de millions d'hommes? Et quand on regarde au fond de son système conquérant et colonisateur, quand on voit que, loin de s'épuiser en moyens d'établir un contre-poids aux populations conquises, elle se livre à la recherche continue des moyens de tirer profit de leur nombre , de leurs cultures, de leurs besoins, de leur industrie, en leur faisant un désir, une nécessité de ses propres produits et de ses progrès en toutes choses, il faut 1)160 ifeeonnaître qu'en matière de conquête et de ..imkkBisalion^ les Anglais, ccxrigés par leur insuccès . «eod^Adérique, ont adopté la marche tracée par les -MRMAains. ..• ...

s L'ALGÉRIE FRANÇAISE.

Condamné par l'histoire en queJque sorte nnivat selle des conquôles, le système du contre-poids dûâ 1 populations, comme premier apport colonisateur, me j semble ne pas l'élte moins par la loi fatale de toatè t colonisation. <

"é, refoulé et déponitl^ •

conquises daue le pays les propriétés ans races i colonisation par immi?

cllement el moralement ilruction par 1b fer et le i, et plus l'impossibilité

A moins d'" " " sans qu'il resl conquis, ou ri qui auraient i grations en n impossible. PI feu aura acco sera grande.

Si tout n'a pas été extirpé, il faut faire compte avec ce qui reste, sous peine de reculer sans cesse l'œuvre de l'apaisement et de l'occupation définitive. Co travail ne pourrait s'opérer sous la pression incessante d'une masse d'immigrants dont l'bumeur envahissante, accrue par les nécessités quotidiennes de l'existence, se prèle peu aux temporisations des arrangements réguliers.

Si table rase, au contraire, a élé faite, en admettant des voies de communication et des moyens de transport capables d'opérer le transbordement immé* diat d'une portion suQisante d'un continent sur un autre continent, pour peupler celui-ci avec le trop*plein de celui-là, les ruines amoncelées, les solitudes nues, se dressent et s'étendent comme le châlimenl même de la conquête. Il n'y a plus ni abri ni vivres;

•r^RBMlfoRiE PARTIE- ' «

4^6 viDlentpérieSi)! tes (épidémies, la famine , voilà œ qikj y^pour- bîi^D' longtemps, attend et étreint les immi* ^graUons^.-d'aùlant pins menacées qu'elles seront plu^ «pc^i^rduses. i -».

Il y a d'ailleurs dans toute colonisation une grande partie; ^s obstacles qui tiennent au sol, au climat, an% cultures ; ils eiiigent , pour être surmonté»^ certaines, aptitudes d'esprit, certaines mœurs, une grande dépense d'efforts, de résignation, d'éoergife et de persévérance, toutes choses dont les hommes en masse sont peu doués. Une armée en marche a besoin de sapeurs pour lui ouvrir des chemins , d'écJaireurs pour débusquer l'ennemi et recevoir les premiers coups de feu ; toute colonie a besoin d'avoir ses pionniers qui sondent la terre , étudient sa nature, essayent ses productions, absorbent ses effluve»^ luttent avec son climat. Ce n'est souvent qu'après deux ou trois générations de hardis expérimentateoi^ ruinés , morts à la tâche , que la génération qui a sur^ vécu , se traînant à peine ^ peut , avant de se coucher^ crier à ceux qui attendent derrière elle : « Mainte*nant, avancez! »

• D -ailleurs, dans les colonisations comme dans toutd création humaine et sociale, le temps impose sa loi : le nombre des hommes n'y sufTit pas, il y faut fe naroforè des années. Ce ne sont pas les deux cent millei Irlandais dont Cromwell encombra violemment, en^opielquesmois, les possessions anglaises, qui ont ceioiiisél'iAimérique du Nord. Etsi, àVbeore où j'écris^

40 L'ALGËRIR PHAK^AISE.

la colonisation algérienne a (hit quelques progrès ap- -préciables, je suis certain que, dans l'administra lion elle-même, il n'y a qu'une voix pour alliiicer que l'Algérie ne les doit pas plus aux deux grandes émigrations de 1 846 et i 848 , faites avec le concoure el aux frais de rï rbed'envaliisseursqui,

dès l'origine, ; bercher la fortune.

Non , la i;rai 3 l'Algérie ne réside ni

daas l'éciirt du ipulation conquise avec

le chiffre de la nquéranle, ni daii5 les

moyens d'en é j, Cet équilibre a existé

en partie; près de Français a passé en

Algérie. Une portion a été dévorée par l'action du clioiat, que développaient affreusement l'incurie, la débauche, l'ivrognerie, la misère, l'inintelligence des conditions de mœurs et de tempérament nécessaires pour tenir pied sous les ardeurs du soteit le jour, et sous la froide humidité de l'atmosphère la nuit. L'autre portion a vile déserté, abhorrant et calomniant l'Afrique ; ceux-ci , parce que, paresseux et mendiants, ils n'avaient pas trouvé une fortune toute faite ou à faire en quelques tours de mains; cenx-lîi, parce que, venus sans un centime de capital, ils s'étaient jetés dans des spéculations qui n'avaient aucun point d'appui solide sur une terre oii manquaient les dupes mêmes de toute spéculation.

Quelques autres, venus avec un pécule, sont rentrés en France misérables et nus, parce que, transportant en Afrique la monomanie du plâtre -«L< du

• PREMIÈRE PARTIE. Il

ciyoeUm qui régnait à Paris ^ ils s'étaient mis à bâtir idëÀ'fetourgsv'dës q^iartiers de ville, des hôtels, des >tf(l(éf'(tM''I)teti sait dans quel goût et pour qaelle duté&]Y; éotùme si, àfvide de nouveauté, la France allait tout' «ntière {casser la Méditerranée; d'autres encore, ei;)eii{g;ratid nombre, parce qu'ils avaient traité le soi africaiU'èOtbiDe le sol de la Normandie on de la Br^»- (agbe; Au lieu d^étre d'un million, les immigrations seraient arrivées à un chiffre deux on trois fois plus élevé; le coatv^e^poids à la population indigène en aurait été tout simplement diminué dans des proportions encore phis fortes, et, en France, les récils désolés par lesquels TAigérie a été si longtemps mise en discrédit n'en auraient été que plus nombreux et plus étendus.

Influence de notre caractère national. — Comment nous perdons nos colonies. — Nos procédés en matière do concpièle. — Un trait noinreau de notre oaraetôre national. — Eiïets de Tégalité en démocr^e. — L'individualisme. — Son influence, sur la constitution d'un nouveau pouvoir social. — Idée du droit et du devoir de Itfat tfinlfeffvemr en tout et partout.

Les désastres de la première période de la colonisation algérienne ne sont malheureusement pas le produit 'Unique d'un temps, d'une classe, d'un conèouvs de éiroonstances , du caractère particulier à une

^Déralion. Si peu qu'oD ait porté. seâiuvioétigal sur le rôle que la France a joué dans les ccdontsalioifs de l'ancien et du nouveau monde, il faudra reooni- DBÎtre que ces désastres sont comme )e résultat natarel de notre esprit, de nos habitudes, de nos pré<-

jagés, de noir teuse, de nos ardeurs

inconsidérées, gements faciles. Hnâa, avant de faire :s les autres responsabilités, on se: ivouer qu'en Algérie, comme dans loi luus avons mis un pied ' conquérant et i i plua «craodes diUiculiés °ont venues tère national' <

Aussi haut, en eltel, que nous remontions dans oolre histoire , nous voyons oos conquêtes et nos co- Jonics nous échapper, en Asie, en Afrique, en Amérique. En Asie, avec les croisades, nous fondons des principautés, des royaumes; et après aToir épuisé les forces vives de la France, Jérusalem, Tyr, Saint- Jean d'Acre s'en vont a d'autres dominations. En Europe, les Normands et la race d'Anjou s'établissent dans les Denx-Siciles; et, passant sur les cadavres des Français, ces pays retournent à leur aatk»nalilé. Dans les Indes orientales, Afrique et Asie, après d'énormes sacrifices, de brillants efibrlsidc notre marine, nous en sommes réduits à l'ile de la Réunion , à Chanderoagor, à Pondichéry ; les Anglais nous y ont pris et gardent le meilleur, Madras nomiùc comptoir, Maurice comme station maritime. ii

Dans leslndesoccidenlales, faul-il rappelerSaible-

{Liicirv.<'Eaibaga,'^a' Dominique, ksBarbades, et ie8 ^euftHiside DOlt*e aivcienne cooronne coloniale, Haïti, l8< Canada' i'iâ Louisiane? — Ce sont les destinées de laijgnôrvë! -^vOoi, sans doute, mais ces destinées -av£(iefi4iété préparées et puissamment servies par nos jnintettigeoce» de domination et de conservation. Cejs jooidnie^'JilépéHf'Sdient entre nos mains, la conquête <ia''l'8|bdiidoA: par les traités ne faisait que nous repnendt^ oeqoe nous n'avions pas su nous mettre en •mesure de^ garder. On nous dirait Timage vivante de TAntéé de^ la fable : nous n*avons de forces motrices et résistantes que lorsque nous touchons de nos pieds la terre où nous sommes nés.

Ce n'est pas l'esprit d'aventure qui nous fait dé^ faut, non plus que l'ardeur de conquêtes; mais nous ne savons ni les régler ni les circonscrire. Surtout la force d'assimilation nous manque. Quand nous avons conquis un pays , éblouis du succès toujours rapide de nos armes, nous nous étonnons de n'en posséder que le sol. Les mœurs, les habitudes, les Idt^, la langue, tout, jusqu'à la religion et aux costiimes des peuples conquis, nous sont matière à stopéfAction eC à 'raillerie. Nous sommes toujours prêts à* demander à nos armes qu'elles nous fassent raison < de tant de dissemblances, qu'elles nous soumettent <l6É::îiitelUgeDces et lès âmes comme elles nous ont donné la ' pobsession des maisons , des plaines , des fleuves, des montagnes.

'^i'Jurdiihat^Jni-méme, le soleil s'il esltorride^ le'ciel

U L'ALGÉRIE FIIANÇA.1SE.

s'il esL brumeux, l'alinoaplière si elle est chargea d'effluves paludéennes, la lerre si elle est couverlo de broussailles ou de cullures inconoues à nos contrées, ou venant par d'aulrea procédés que ceux de notre agriculture, sont autant de sujets pour nos

plaintes, nos dé''-'"'^ découragements ennui. Rien ne désirs et munie La portion du au débotté n'esi y établir à den

''■ques et aussi pour uos ous est une gi^ue, un : à l'impatience de oofr

nous sommes installés s favorable pour nous \ horizons au delà de

l'horizon que non i égaras emijrfissent sont toujours plus purs ! allons-y ! Certainement aussi les terres qtû s'étendent par delà ces montagnes de rocs ou de neiges doivent être plus fertiles que les terres où nous avons dressé nos tentes. D'ailleurs, il doit y avoir là des populations qu'il nous faut dompter, si nous voulons conserver notre conquête , y vivre et y travailler en paix. » Et l'on part , et l'on va conquérir de nouvelles terres , subjuguer de nouvelles peuplades; et ces terres conquises, ces peuplades subjugaées, on se reprend aux mêmes étonnements, anx mêmes railleries, aux mêmes plaintes, aux jnémes découragements. On s'irrite de plus en plus contre le climat, contre le soleil, contre les broussailles^ contre les marécages, contre toutes les populationsy conquises, mais non devenues françaises.

Enfin la lassitude, sinon toujours la raison > se'

iPRE^flÈRE PARTIE; 44

fait!' il faut Ueii d^arrêter. D'aiileurfi, la terre et les races imanqaeiit à la conquête — c'est la mer ou lé dée^fc ^ let aoasî les moyens d'aller sans cesse en atantw On retourne, on s'échelonne, on se fortifié sur les hauteurs, dans les défilés, dans les hameaux: et dans les villes. C'est alors qu'en repassant par led mêmes chemins on s'aperçoit qu'on a trop dévasté, trop brûlé; qu'il n'y a plus debout ni maisons , ni vergers 9 ni cultures arborescentes; que là où il y avait des moissons, il n'y a plus que des herbes parasites propres à peine à nourrir un bétail qui a été dispersé 9 égorgé; que là où il y avait des forêts, le sol a disparu sons l'invasion des ronces et des eaux stagnantes; que l'on a surtout trop exterminé, trop refoulé ; qu'il n'y a plus assez d'hommes pour peupler et cultiver les solitudes qui se sont étendues derrière le passage des armées ; que le vide fait parmi les indigènes conquis est hors de toute proportion avec le petit nombre d'émigrés venus du pays conquérant , et dont les convoitises, si ardentes qu'elles se mon-» trent, ne sauraient utilement ni tout prendre ni tout exploiter.

De plus, comme notre génie national est essentiellement continental et casanier, nous nous attachons aux lieux où nous avons un peu de travail , de bien*^ Hre^ et nous n'aimons guère à les quitter pour aller tenter une fortune plus haute à travers les chances d'expéditions d'oatre-mer. Il arrive dès lors que le pcrsomel'idea premières émigrations est rarement

16 L'AL6ÉRIE FRANÇAISE.

composé de ce qu'il y a de pliia intelligent, cl« p)n laborieux, de plus moral, de plus lionoôle dans Ift I mère patrie. Ce n'est guère qu'un ramassis de 8pécu- [ lateur^ aux abois, de failliii du comuiecre, d'cx.écu<âtf i de la finaEce, d'expropriés de la lurre; or, il y a tou-' jours là plus d " "' re que d'entreprise, plus

d'audace que lus de velléités que dft !

persévérance, ) ambitieuses que d'à*? |

mour du lra\ iuitc les iutérâls de }àt \

métropole qui ntre toute concuirenw |

coloniale, et ( ans la conquête qu'une

sorte de ferme débouché pour le tropA

plein des magasins et des fabriques. Puis lesminli^tres et les bureaux, qui du fond de leurs hôtels et de leurs fauteuils de cuir veulent tout régler, tout ordonnancer, et s'imaginent administrer un pays neuf, où tout est à créer, comme le pays renfermé dans leurs portefeuilles et dans leurs cartons, où tout est fait depuis longtemps et marche souvent par cela seul que ça existe. Surviennent alors les complications, les antagonismes, les conllils de pouvoir, les mutations fréquentes et subites, les tâtonnements, les incertitudes, les obéissances tardives, les résistances d'inertie, tes essais de monopole, les formations de compagnies, les entassements et tes transports en masse d'émigrants:traite des blancs, traite des noirs, n'importe! De ce déplorable péle-méle d'impuissances à l'œu-. vre, il surgit dans l'esprit de tous cette accablante conviction, que, ne rendant pas même l'intérêt -du

ipfcSîHÈRE PABTIE. 47

w^^'^ûe^^iA^ él^orqu'eMe a coûté, la conquête e^. «m boitfel qaë la métropole s^est mis aux pieds. '^la;llaiDD 86' désintéresse bientôt d'une terre qui kiiifiread ^toujours sans jamais lai rendre. Pressé par Kopinion, le gouvernement à son tour se pose hautement oette qu^tion finale : — « Faut-il partir, faut-il rester? Faut-il garder ou abandonner une conquête où Ken de sérieux et de durable ne va , ne se fait , et d'où , par malheur, souvent peu de choses et d'hommes reviennent? »

Partir, abandonner, c'est la honte, c'est la risée du monde; rester, garder, c'est la ruine multipliée chaque jour par l'entretien coûteux d'une ruine. C'est une croisière en permanence sur les côtes ; c'eSt une armée courant le pays en colonnes mobiles : un port de guerre et un camp ! mais ce n'est pas une colonie. Vienne une insurrection des peuplades conquises, vienne une guerre avec l'étranger, et on est chassé par la première ou conquis par la seconde ; le tout ensuite est légitimé par un traité do paix qui consacre ^a&anchissem^nt ou la conquête.

C'est là, ce me semble, si j'ai bien lu dans rhis-» toire des tentatives de colonisation française dans le monde^ les causes de l'avortement de tant et de si grandis efforts accomplis pour nous répandre au dehors emporter dans des tles ou des continents lointains le génie, le drapeau, le conimerce, le travail et les expatiMs volontaires de la France.

nlAtànt; d'arriver aux faits multiples et d'origine di-

it L'aLG

Terse qai, pltepartictilièremeot inhérents jt l'établie^ eeaient algérîea , en ont compromis longlemiis la foi^ {Dation, il faut signaler un trait nouveau, fort prononoéj de notre caractère national. Ajouté à ceux indiqués d^jà, il doit tendre falalement, s'il dure, à faire de nous, dans le ' ' " 'us l'avenir, un people

moins colonisa passé. i -' l't.

J'y veux d( ■'■* .d ■'■•iii

L'individua et effet de l'avénemest

de la démocra t à mesure <;ue l'égatité

entre les class< ommes s'est ffirle parmi

nous. Par mail i d'associatioD n'est pas

né le même jour, ei il ne s est pas développé |»ara!lèlement aux idées et aux faits d'égalité. Aussi noua sommes-nous montrés Tort embarrassés de l'iodividaalisme. Comme nous ne savions qu'en faire, nous en avons eu peur, et, pour nous y soustraire, nous nous sommes bâtés de l'abdiquer. Amants plus passionnés de l'égalité que constituants éclairés et résolus de la liberté, nous n'avons eu de cesse qn'à tra»J vers nos révolutions, depuis et compris 89, non» □'ayoQS fondé, pour nous sauver de l'individualisme, pour D0U8 relier les uns aux autres par uâ» diatoe égale, an pouvoir social bien plus fort^ armé' de bien plus de droits qu'à aucune antre époque de notre histoire, aux temps même d'aristocratie et' de monarchie absolue. -"n

Plus, en haine de l'inégalité entre les ota6seS''et' eutre les hommes, nous avons remplacé l'idée- 4es^

I RRfiMlËJlE PiRTIEL 49

dfolta Jnitârept» à. eertaiaes individualités par Vu

d'uDtdroit omnipotent, uniqae^ dévolu à la société et

enercé p^ CQtte grande abstraction qui dans les

teiBpa;modemee s'appelle TÉtat ; et plus nous nous

sommes faits à la pensée, à la croyance que la so^

cié^é^que TÉtat avait non-seulement le droit, mais

aussi le pouvoir et le devoir de tout faire, de toat

prévoir, de tout réglementer, de tout conduire, les

hommes et les choses, les actes et les volontés, les

affaires qui intéressent la société tout entière^ aussi

bien qu'un grand nombre de celles qui ne regardent

que certaines parties du corps social , et môme cer«

taines individualités. De celte idée, déjà assez com«*

pressive, assez absorbante, on est vile arrivé à cette

autre qui en complète la formidable puissance, que

là où rÉtat croyait n'avoir ni à faire, ni à prévoir, ni

à réglementer, ni à conduire, il avait encore le droit

et le devoir de prêter son intervention , son concours ,

son appui. En retour de l'omnipotence qu'on lui a

faite, on lui a imposé l'ubiquité de sa présence, de

son crédit, de sa garantie, de son patronage.

Cette idée du droit qu'ont les citoyens pour leurs

affisdres d*en appeler à Tappui , au concours de TÉtat,

et du devoir imposé à celui-ci de ne les point refu*-

aer, est tellement passée dans nos mœurs et dans

notre manière d'entendre le pouvoir social , qu'à l'é^-

tranger, dans les pays de liberté et de démocratie,

dans l'Union américaine surtout, les Français, voya-

gpsÉTS ou résidents , sont par leur étonnement et leursi

M L'ALGÉRIE FRANÇAISH.

plaintes un objet quotidien d'émerveillement efiîo sourires moquears. Ils ne peuvent se faire à la conviction, qui leur arrive cependant par tous les faits, qu'un ptiys où le droit au concours de l'État n'existe pas puisse exister Ini-méme et fonctionner; qu'il y ait là de la lit " " ' vie, du mouvement, sons troubles, sans is, complète régularité et

sécurité ; qu'il i canaux , s'y bâtisse défi

routes, s'y élève nents d'utilité publique,

et s'y.fonde de qui embrassent les di-

verses pliases et de la vie des peuplais.

Ne sentant pas ir d'ei : et sur eux l'action en

quelque sorte visible et tangible des pouvoirs sociaux, en toute circonstance, à chaque hetit« de TA vie ou de leurs affaires, ils sont remplis d'hésitations et d'anxiétés; ils n'osent rien projeter, rien entreprendre, ils sont toujours prêts à s'en retourner. Pea s'en faut qu'ils n'arrivent à déclarer que ces pouvoirs n'existent pas, ou qu'ils ont perdu leur principale, leur sérieuse raison d'être.

Qu'on ne dise point que cette façon de solliciter et de faire servir l'État à une sorte de mainmise universelle est le propre de tel système , de tel parti'. Nous avons vu passer bien des systèmes, bien de6 partis; et ces systèmes, ces partis, si ditiséfetti tout le reste, se sont montrés unanimes à faird' de l'absorption de toutes les forces d'une nation le^wrM culminant de la perfectibilité du pouvoir sociat'dMS le gonvemeoieDt des hommes. " '■' Ti'^">

iftBEMIÈRE PARTIE. 94

»bll'y a) ià Util grand périi pour Tégalité, ([oî noas^sl, «îiidièi'e. 'M6;t)Oiivaot ni absorber ni servir tons les jaté^tev ie<|>Qayoir social est réduit, par cette im-pQissancftiioéme^à se bornera faire nn choix. Dès lors^jà sonuinsn ) contre sa volonté on sa pente, le poavoîir social, carée en faveur des élns une sorte de privîléi^ qui , tôt ou tard, doit finir par faire compte avec lui*. Ainsi, nous nous acheminons vers le retour à une $onle dMnégalité nouvelle, par les efforts même que nous accomplissons pour nous retenir dans Téga* lité des hommes et des classes.

Longtemps TËtat s'est laissé faire maître et dispensateur de toutes choses, jusqu'aux extrêmes limites du raisonnable et du possible. Quel est, en effet, le pou* voir qui ne demande pas mieux que d'être fortifié, et qui ne s'estime heureux , loin d'avoir à empiéter, d'être réduit à subir des pressions qui lui forcent la main ? Toutefois , à moins d'arriver à faire des pouvoirs sociaux quelque chose comme les jurandes centralisées aux mains des Césars dans le monde romain , ou des citoyens quelque chose comme les fellahs d'Egypte parfaitement égaux devant l'État pour pacha et dispensateur des fortunes privées par le monocle de la fortune publique, j'imagine qu'un jour ou l'autre te: pouvoir social trouvera qu'on Ta trop fortifié;^ qi^'on lui a donné trop de droits impliquant trop ^fii^ei^oin; que sa responsabilité est trop grande, et ili^lalwPy net sachant et ne pouvant, comme Dieu, avoir la main et l'œil partout,^ dans les détails infinis

L'ALGÉfllE FRAN-CAISK.

3 dans le vaste ensemble, il fera de lui-rbiinle éfibrt pour refouler les intérêts et les hommes dans Jeur liberté d'action, à leurs seuls risques et péril!*.

Ainsi encore, par l'excès même des garanties que nous aurons instituées pour y échapper, nous serons

infailliblement , dividoalisme q été plus sage et ricains, nos m DOUB servir de contre-poids l'es treprendre ,

lulre, rejelés dans l'infait peur. N'eût-il pas imiter en cela les Amé- ::ratie, et d'apprendre à ne en lui donnant pour ion , qui enseigne à enet à se proléger à deux,

quand tout seul on ne peut ni se protéger, ni accomplir, ni entreprendre?

ni.

Idée des Algériens sur le concours do l'Ëlat. — L«urs plaintes et leurs exigences. — Nationaux et étrangers. — Périls pour la colonisaUoD. — De l'abandon du système de proleciorat. — Réponse à ces deux questions : Pourquoi un si [telit nombre da Français ont-ils persisté à résider en Algérie? Que leur promettra , que leur donner pour le» y auirer?

Il n'est en France ni populations ni individus ^ plus qu'en Algérie s'épouvantent de l'individua* lisme, et qui sachent moins en tirer parti. SearqueU ques rares et éoergiques exceptions, i'iodispentdbi-

U^ 4?^ ç^QOQtirs de rÉtat en toutes choses y a fior^é p^^^fo^fU^i^Dcore le fonds commun des idéea et d^ esjgç^çes de^.colonistes.

V,,SiJi*oa n'a pas défriché ces broussailles, desséché ces marais , reboisé ces montagnes » creusé des lils à ces torrents , comblé ces ravins , assaini ces amas de détrHa9 fétides , pratiqué à ces lacs d'eau stagnante, d'oi^ s'élancent les miasmes paludéens qui s'en vont à dix lieues porter la fièvre el la mort , des saignées qui, en épurant l'atmosphère, seraient allées au loin distribuer la fécondité d'irrigations régulières; si la plaine croupit ici sous une végétation parasite; si le sous-sol argileux forme là un réservoir imperméable où les eaux pluviales, manquant d'absorption et d'écoulement, pourrissent les racines des moissons avant leur maturité; si les routes s'effondrent; si les communications manquent aux habitations; si les conduits de ces fontaines sont engorgés; si dans un lieu la pierre fait défaut; si dans un autre la chaux est rare; si ailleurs les poutres et les solives sont absentes, c'est que l'État n'a pas débroussaillé, n'a pas desséché , n'a pas assaini , n'a rien organisé , rien fait de ce qu'il avait à organiser et à faire. Les capitaux sont rares , l'État aurait dû se mettre en mesure d'en procurer, sinon d'en fournir; les bras sont insuffisants, Ji'J^tiâeYrait en importer; les instruments du travail «ODLtohbra, pourquoi l'État n'en fabrique-t-il pas à DoDimandié? Ainsi de tout.

-i'£t^ ijrftiut en convenir, ceux qui parlaient aiopi

L'ALGÉIilE FRANÇAIS!;.

avaient raison : le principe du prolectoral une fois posé , ils étaient dans leur droit.

L'Ktat a fait beaucoup en Algérie; je ne dirai pas qo'il a toujours lait de grandes, d'intelligentes choses; mais il a fait, toute proportion gardée, plus qu'en aucune des provinces de France. Eh bien, je suis assuréque, sil dminislrationarricainu,

soit à Alger, s , pouvaient s'ouvrir et

parler, on y v( ent que depuis la con-

quête, avant ( fîcalion , les demandes

et les plaintes ulissaienl toutes à faire

de l'Étal un ca ournier, un maçon, un

voituiier, un bummiger, un boucher, un tâcheron, un bûcheron, un puisatier, ud terrassier, an baotr quier, un marchand, un fabricant, un laboureur. D'après eux, s'il avait su son métier de pouvoir social , l'État aurait dû n'appeler des colons en Algérie qu'après l'avoir couverte de villages, d'habitations commodes, de roules en tous sens; qu'après l'avoir assainie, boisée de forêts et de vergers, nettoyée de broussailles, nivelée dans ses hauteurs et dans ses bas-fonds, purgée de toutes ses eilluves morbides, même un peu fournie des objets de première nécessité, et, au besoin, sinon ensemencée, au moins labourée et préparée pour la production immédiate. . . i

Eh bien , dans la logique du système de oolonisa^tion par l'État, ceux qui afSchaient ces exigencos avaient encore raison. .: .- il>

• Ces cfxigenK^y Ms plaintes, les petits colons , venii^ avec un mince bagage et un léger pécule, établie' li {(rand^peine svr bnit on dix hectares de terre , ne sont *pds les seuls à les formnler. Les colons riches , po^ sesseurs d'hectares par milliers , s'expriment là-desstis avec une amertume bien autrement bruyante, et se montrent bien plus tenaces dans le parti pris de n6 rien feire si TÉtat ne leur vient pas en aide.

Et, j'en conviens toujours, les riches colons étaient encore dans leur droit.

Ce ne sont pas non plus les seuls colons français , attirés par les promesses qu'on a fait miroiter à leurs yeux , qui se croient le droit d'en appeler pour leurs affaires et leurs exploitations au concours de l'État; les colons venus de l'étranger, les Mahonnais, les Espagnols , les Allemands , les Maltais , gens très-peu habitués, je pense, à trouver la moindre assistance dans les pouvoirs de leurs pays, se montrent bien plus èpres encore à cette curée du patronage de l'administration et du budget.

Il semble que TÉtat soit responsable des passions de lucre ou des besoins d'existence qui les ont pous^ ses hors de leur patrie, et qu'il leur doive la réalisation de leurs rêves. Peu soucieux, sinon dédaigneux f d'adopter nos mœurs, notre langue, nos écoles , le titre même et le caractère de Français par }a natJiiralisation, ils semblent croire que la France n^aconqoia, n'a gardé Alger, au prix de tant d'or et de sang , que pour créer en Afrique des centres dé

Î6 l.'AtGÊHiE FRANÇAISE.

populations élrangèroâ, où leg divers pay& de ("Kurope alitaient leurs reprcâcnlants, parqués en des disiricls et en des cantons oii se perpétueraient («s mœurs, les langues, les rmtionalil^^ , qui ne preadraient rien de la France que la terre et le droit, moyean'anl, nop '«"'■ '■"'•'••'ance , mais sou aide et sa protection , de ir profil.

Ceux-ci eoco ison; nui, tous, Fran-

çais, étrangers, vres, ont raison contre

l'Ëiat, et l'État i I ait de se plaindre, c»r

c'est lui qui ai le : tout au plus peul-tl

trouver que les i s » trop rudes logiciens.

Toutefois , quand les idées sur le droit des citoyens el sur le devoir de rÊlai 00 âonl venues à ce pointde déviation, que ceux-là mêmes qui oe sont pas citoyens de cet Etat , qui ne donnent pas une garantie coutre tout esprit de retour dans leur patrie, en font le poÎDt d'appui de leurs exigences , ir doit bien être permis d'en signaler le danger, de dire que l'heure est proche où il faudra s'arrêter sur cette pente.

Sans doute le pli est pris en Algérie. Or, je n'ignore pas que rien n'est plus difficile à déraciner que des habitudes qui font aux hommes comme une seconde nature ; que la difficulté est d'autant plus grande qa'i) y a QO plus grand nombre d'intérêts engagés dans leur maintien, et qu'enfin un peuple en formation est comme un enfant qui , le jour où on lui die ses lisières, hésite, tombe, et pour quelques instants semble vouloir renoncer à marcher. ' uj^^v

IPR«:>I1ÈRE PARTIE. %7

-nSfiisijeMMiatiM qoe^ si T Algérie française garde leipli^ ^eiOMirt IdTÎsqae de rester toujours cour* bée)«(liid'àttBiCadaque avant d'avoir passé par là virilité 91 que: si TÉtat garde son système de proteo^ tioQita tout et pour tout, il sera obligé de le prolongeret de te développer indéfiniment dans la proportion même de raccroissement des populations et des élé« menU du travail ; car le système du protectorat est une chake sans fin qui se roule éterndlement sur eito-mémev et ou Fanneau ajouté la veille n'est jamais le dernier.

Je sais enfin que les hommes qui ont marché le plus vite, dont les membres ont acquis le plus de développement, d'élasticité et de force , sont ceux qui, enfants, ont été abandonnés à eux seuls, en tout ce qui n'était point danger d'infirmité et de mort, et qui, par leurs chutes mêmes, ont appris à ne plus tcmiber, à marcher droit, et à se tenir fermes et debout. L'exemple des Américains est là pour prouver qu'en cela les peuples sont comme les hommes.

- D'ailleurs, en laissant de côté dans mes pardes tout oe que certains intérêts voudraient y trouver â'caprfl^de système, ne faut-il pas qu'enfin les colons etnl!État.«e fassent, sinon de l'abandon absolu du pSjitona0ê,i:tout au moins de sa rentrée dans des U«iM( légitimes ) une raison dé nécessité? I.<es sacri-* fiûesi^/ft- ^ijbs sont grands ! — que la France a faits pour l'Algérie, alors que la paix était partout en

ii i/AinÈniE française.

Eacope, les coloos, à moins de préâoiuptueose folio f peuvent-ils espérer que la France aurait noo-seulement la volonté (la volonté pouvant ne pas lai manquer , mais les moyens de se les imposer au miliea des éventualités d'une grande guerre dus le monde? >

Ces éventuali nnent-elles pas de s'ouvrir?

Les complications en semblent devoir nalur^iement sortir ne elles pas aller au delà du

nombre et du te i aurait le désir et le vou-

loir de leur assigne) sans manquer en rien k ce

que je dois à la colonie et à l'État , sans passer pont hostile à l'une et pour vouloir faire la leçon à l'autrô) ne puis-je pas formater le vœu que , en vue de demaïa peut-être , colons et pouvoirs publics avisent dès aujourd'hui à ménager la transition du protectorat au travail abandonné à sou libre arbitre et à ses propres forces?

Je dois aller plus loin. A cette raison de nécessité tirée des circonstances présentes et de celles que peut receler l'avenir, je venx. ajouter les enseignements du compte que je vais demander au passé du sy^àne de protection adopté par les premières administratioas de la conquête.

Or, si les faits mêmes de protection , aussi mncà^ rement exposés qu'ils ont été loyalement étudiés, aboutissent tous à cette démonstration accablante <, que, si nombreux, si variés qu'ils aient été, lesmoyaos d'initiative et de concours pour répondre aux beseÎA^

dtversF^de la Dolomsation n'ont jamais été cependant

BV'«sse2fnrariéft'ni assez nombreux est-ce que le

syMème da (Protectorat ne sera pas jugé?

( 'Je' dis idavatitagc. Si, voulant répondre à cette ^Qœtion^ la première qui se présente quand on s'oc-» cupe de TAfrique : « Pourquoi , depuis plus de vingt i^fans'qte^tKHiB 'possédons l'Algérie, un si petit nom- }i bre' de Français ont-ils persisté à y résider? » on est filrcémènk amené à dire que la cause en est précisément dans les fbits par lesquels TÉtat manifestait son protectorat) son initiative; par lesquels il mettait toute choses <iont homme en tutelle, en interdit, comme s^ii avait pris à tâche d'agir et de penser pour tous et pour chacun?... est-ce que, si Ton veut songer à peupler l'Algérie, on ne pensera pas qu'il faut ré^ duire de beaucoup un pareil système d'intervention à OQtrance ?

A cette autre question , produit logique de la première : a Que promettre aux Français pour les déter- Hf miner à quitter la France et à s'établir en Algérie ? oQue leur donner? Quelle perspective de bien-être, D'de fortone faire luire à leurs yeux? » si Ton est non; mdns forcément amené à répondre : Les promesses faites par TÉtat ou au nom de TÉtat n'ont jamais été tenues dans leur minimum même, et en véirité ^les ne pouvaient pas l'être toutes; ce qui avaâtiété donné en terres, maisons, instruments de travail^ 4^àvait été dans des conditions telles, que le piue^giiaHd nombre des cdons y a trouvé la maladie»,

30 L'ALGÉRIE FBANÇAISE.

la mort et une prime offerte à la paresse ; les perspectives de bien-être et de fortune ayant tenu des contes des Mille (i une Nuits plus que de sombres el rudes réalités de la vie de labeurs imposée aux travailleurs de la terre, les premiers cultivateurs sont presque

tous allés de df"~''' ''^ceptions, trébucher ati

découragement ère |ui le suit, et aux pas-

sions et aux virps Ibenr croît en trouver

l'oubli... je le 2ra-ce pas aussi la con-

damnation du pe nenl par promesses de bien-ôtre et par mirage di 'tune?

Quant à moi, je le dis très-nettement, et Jo vaisen fournir les preuves : Le système de la colonisatioa' par l'État a Tait son temps en Algérie. L'heure m^ semble donc venue où citoyens et pouvoirs sociaux doivent abdiquer pour leur intérêt commun, les qds le droit de tout demander à la protection , an concours, à la garantie, à l'initiative de l'Etat, les autres le devoir de tout prévoir, de tout faire, de tout aider, de tout conduire.

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